Comment faire pour que les hommes arrêtent de violer ?


palmashow pervers dans une forêt

(Scusez pour l'image, j'ai po résisté.)


Je me demandais sur quoi écrire cette semaine, un truc léger histoire de se faire du bien au moral. Alors quand j'ai vu passer cette question, "Comment fait-on pour que les hommes cessent de violer ?" posté par la militante féministe @Mélusine_2 sur Twitter et repris par d'autres, pour ensuite être allègrement censurée sur les réseaux sociaux, je me suis dit "Tiens, en voilà une bonne question, en voilà un sujet sympathique à lire tranquillou pour se détendre !".


Plus sérieusement, je trouve en fait cette question on ne peut plus intéressante. Alors la tournure directe choque, j'imagine qu'on aurait préféré un sage : "Comment fait-on pour que les femmes cessent d'être violée ?". Le problème, et je suis sûre que vous l'aurez remarqué (on vous la fait pas à vous non plus), c'est que dans ce sens là on rend les femmes sujet de la question, comme si c'était elles les principales concernées. Comme si c'était elles, qui pouvaient y faire quelque chose (alors que juré, on n'a rien demandé).


Alors comme dirait ma mère, appelons un chat "un chat" et arrêtons de tourner autour du pot. 97% des personnes ayant violé étant des hommes, partons pour une fois du principe que le masculin l'emporte sur le féminin et demandons-nous clairement : Comment fait-on pour que les hommes arrêtent de violer ?




Au bûcheeeeer !



Punir, sanctionner, on aimerait bien. Mais si l'on regarde les chiffres en France, on est loiiiiiiin mais alors vraiment VRAIMENT loin du compte (genre tu vois le tout petit point à l'horizon là-bas ? Bah c'est ENCORE plus loin). En effet, seul 1% des viols ou tentatives de viol en France aboutissent à une condamnation...


Comment se fait-ce ? Pfff, tout un tas de facteurs : la peur de porter plainte, de devoir dénoncer une personne proche (91% les viols sont commis par un homme connu de la victime), les procédures longues et pénibles au cours desquelles on va remettre ta parole en doute ou insinuer que tu as peut-être une part de responsabilité (culture du viol bonjour !), le manque de preuve, ou encore le manque de confiance envers la police (particulièrement quand on est une femme racisée)...


Pour faire court, aujourd'hui la sanction, ça ne marche pas. Mais comme le souligne la militante féministe Caroline De Haas, quand dans les années 80 on a voulu que les gens mettent un préservatif, ce n'est pas la sanction qu'on a utilisé. C'est la PRÉVENTION. Si si.



Bah c'est pas con quand on y pense. Malgré des campagnes qu'on trouve parfois sur le moment un peu intenses, aujourd'hui les gens fument moins, mettent leurs ceintures de sécurité et se protègent davantage des IST. Pourquoi pas le viol ?


Mais ce serait quoi alors, les slogans de campagne ? On a déjà eu des "Non, c'est non." placardés dans les boîtes de nuit en France. Un "C'est pas parce qu'elle dit pas non qu'elle dit oui" au Québec. Qu'est-ce qu'on pourrait inventer d'autres comme slogans ?


Alors moi bah, j'propose, je suggère !



Slogan 1 : "Retiens-toi, t'es capable."



L'autre jour, j'animais un atelier avec des jeunes. Le but était de choisir parmi une liste de personnes 6 survivant.es à sauver dans un bunker d'une catastrophe nucléaire (t'as vu ils sont funs mes exercices, hein ?). A un moment, et je le voyais venir gros comme une maison, mes participants se posent la question inévitable du confinement d'hommes et de femmes dans un endroit restreint pendant plusieurs années. Des remarques fusent, rieuses, sous-entendant que les 2 femmes retenues vont passer un mauvais quart d'heure avec les 4 hommes qu'ils ont choisis. Quand un de mes participants lâche, un brin désabusé :


Bah non pas forcément. Ça s'appelle "se retenir", en fait !


Silence septique des autres. C'est que le mythe de l'homme qui aurait des pulsions sexuelles incontrôlables à la vie dure ! Comme si la volonté et le libre arbitre n'avaient rien à voir là-dedans, comme si tous les agresseurs perdaient SUBITEMENT le contrôle d'eux-même. Pourtant, et pour une fois j'invoque le sacro saint "not all men", regardons autour de nous touuuus les hommes qui n'ont jamais commis d'agression sexuelle. Comment qui font, eux ? Parce qu'ils en voient, des femmes ou des hommes passer devant eux qui déclenchent parfois un "ouuuh, sexyyy !" dans leur tête. Alors ?


Et bien s'ils ne sentent pas d'ouverture en face, ils se RETIENNENT. Ils vont fumer une clope, jouer à Candy Crush sur leurs cell, ou s'enfiler un pot de glace Ben & Jerry en regardant la dernière saison de Dix pour cent (ah non ça c'est moi). Bref, ils passent à autre chose.



Slogan 2 : "Arrête de te trouver des excuses, t'es pénible à la fin."



Beaucoup de gens (et pas que des hommes) ont encore dans l'idée que certains violeurs ont des circonstances atténuantes, et que la victime peut parfois avoir une part de responsabilité dans son agression. Si elle a bu, si elle portait une tenue sexy, si elle a eu le malheur de flirter avec son futur agresseur ou qu'il était carrément son conjoint, si elle n'a pas dit clairement NON ou qu'elle n'a pas assez "résisté" (pourtant merde je viens quand même de te briser un vase sur la gueule, ché pas ce qu'il te faut). Bref, que la victime l'a un ptit peu mélangé et que son agresseur ne savait plus à quoi s'en tenir (alors dans le doute, bah il l'a violée). La victime savait à quoi s'attendre, et quelque part, elle aurait quand même pu faire attention.



Pourtant, transposé à n'importe quelle autre situation, cet argument de "circonstances atténuantes" en faveur de l'agresseur est manifestement RIDICULE. Regarde, quand mon chum s'achète des Petits Écoliers LU au chocolat noir pour son plaisir personnel (denrée rare au Québec) et qu'il les range dans le placard à gâteaux, si je lui finis la boîte en douce, pas sûr qu'il serait très réceptif à un :


"Bah quoi ? A 16h j'ai eu faim, j'étais au bord de l'hypoglycémie et ils étaient là, à portée de main dans le placard. Comment j'aurais pu savoir que tu ne voulais pas que j'en prenne ? Tu me l'as dit il y a 1h en rentrant des courses ? Pas souvenir. J'aurais pu te demander ? Oh là là, quelle prise de tête celui-là, j'étais dans le moment, j'avais faim, je n'ai pas réfléchi ! On ne va pas en faire tout un fromage, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Pardon ? Et bien PARDON, pardon d'être HUMAINE quoi... Tu n'avais qu'à les planquer, quelle idée de me les mettre sous le nez ? Tu aurais pu te douter que j'allais en prendre ! En plus regarde, par ta faute maintenant je vais prendre du poids. Toutes mes amies vont me juger et me regarder de travers. Tu ne crois pas que tu as fait suffisamment de dégâts comme ça dans ma vie ??"


Ah bah non mais là, même pas sûre de dormir sur le canapé !! Le paillasson, à la rigueur...


Alors on s'entend que mon exemple est gentil. A PRIORI, mon copain lui, n'aura pas besoin de 10 ans de thérapie pour trouver le courage d'acheter une nouvelle boîte de Petits Écoliers sans se repasser en boucle la vision traumatique de ma personne assise sur le sol de la cuisine en train de lécher le sachet fraicheur du dernier paquet.


A priori.



Slogan 3 : "Elle pense vraiment ce qu'elle dit. Si si, je t'assure."



Une autre étude sur laquelle je suis tombée, c'est que 25% des français.es penseraient qu'une femme est moins sûre de ce qu'elle veut qu'un homme, que 19% sont convaincus que les femmes qui refusent d'avoir une relation sexuelle veulent en fait dire OUI, et que 21% estiment qu'une femme peut prendre plaisir à être forcée à avoir un rapport sexuel.



Ah ouais.. Non mais là comment veux-tu aussi. Si on n'est MÊME PLUS censée dire ce qu'on veut VRAIMENT dire, ou savoir au juste ce qu'on veut, ça devient compliqué ! En fait c'est simple, on dirait ma mère qui veut me resservir des haricots verts parce qu'elle s'aperçoit qu'il en reste beaucoup trop pour faire des restes et qui m'en repropose dix fois en faisant mine de ne pas avoir entendu mes neuf refus précédents.


Quand tu t'arranges avec ta conscience comme ça, c'est que tu ne VEUX PAS entendre le non. Tu fais juste SEMBLANT d'avoir demandé (pour la forme), pour ensuite n'en faire qu'à ta tête.


Supposer que les femmes ne savent pas ce qui est bon pour elles, c'est les infantiliser pour pouvoir décider à leur place. C'est en venir à des situations aussi aberrantes que de devoir mettre sa main sur son assiette ou carrément la planquer sous la table pour s'opposer à ce qu'on te resserve, parce que la personne en face de toi ne cherche pas à connaître ton avis, elle décide à ta place.


Bref, discréditer les femmes sur leurs réelles envies et leurs capacité à l'exprimer clairement, c'est les réduire au silence pour pouvoir les dominer en toute impunité. En leur resservant des haricots verts, entre autre.