J'ai le syndrome d'Hermione Granger (mais je me soigne)


hermione grander et ron en classe film harry potter

Cela fait bientôt un mois que je suis de retour à l'école pour me former comme développeuse. Ces derniers jours, j'ai passé mes premiers tests techniques avec la fébrilité d'une écolière et la concentration d'une ingénieure aérospatiale. Les résultats tombent. 85%, 90%... Mon copain lit la contrariété sur mon visage, et dans un élan de bonne volonté, lance un : "Bah c'est bien, non ?"


Oui, c'est bien... (bon tu sens le "mais" arriver à dix kilomètres)


MAIS il manque 10%. Ce n'est pas PARFAIT, tu comprends ? Moi pour être vraiment contente (genre la béatitude de la satisfaction), j'ai besoin d'un nickel chrome, d'un score sans faute ! Pas d'un à peu prêt, pas mal ou pas si pire. Un SANS FAUTE ! (pour ensuite pouvoir dire d'un air détaché un "Quoi, quelle note j'ai eu ? Oh je ne sais plus, 100% je crois...")


Je me rends bien compte en l'exprimant que j'ai l'air d'une folle, c'est absurde de viser la perfection. Enfin pourquoi se focaliser sur les 10% qui manque quand on pourrait se concentrer sur les 90% qui sont bien là ? C'est sans aucun doute le signe d'un esprit dérangé...


Force est de constater que les études font remonter chez moi un aspect de ma personnalité intériorisé depuis fort longtemps : le syndrome de la bonne élève.



Mais QU'EST-CE que le syndrome de la bonne élève ?


Le syndrome de la bonne élève touche majoritairement les femmes, qui dès l'enfance, sont encouragées à respecter les règles, à tout faire à la perfection et à se montrer responsables de sorte qu'on puisse compter sur elles. A l'inverse, les garçons peuvent faire des conneries, bâcler les devoirs et rester immature. Bah, ce sont des garçons quoi ! Où est le problème enfin ?


On dit de toi que tu es "une bosseuse", une personne consciencieuse, méticuleuse, assidue, disciplinée ? Tu as toujours besoin de te dépasser dans ce que tu fais, quitte à t'en rendre malade d'épuisement ? Bienvenue dans le club des bonnes élèves !


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On ne s'améliore pas à l'âge adulte, puisqu'on devient des femmes qui s'en mettent dix fois trop sur les épaules (parce que ma foi, on est capab'), qui n'acceptent pas autre chose qu'un travail fait de manière impeccable (même si tu dois en crever), et qui paradoxalement ont toujours peur de ne pas être "à la hauteur" (et là forcément j'ai la chanson "être à la hauteeeeeeur !" du Roi Soleil dans la tête).



Être bonne élève dans le monde professionnel, ça marche pô


Il faut savoir que les employeurs sont très friands des employées bonnes élèves. Bosseuses acharnées, toujours prêtes à en prendre plus sans qu'on les augmente pour autant, obéissantes et très soucieuses de la qualité de leur travail : les bonnes élèves sont les salariées I-DÉ-ALES.


Et toi en plus, tu fonces dans le piège tête baissée quoi. Oh, trop de dossiers à traiter ? Mais je vais aider mes collègues enfin. Cet outil pourrait être optimisé ? Je vais faire du temps supplémentaire pour le reformater de A à Z. Mais non pas besoin de me payer mes heures, c'est pour moi ! De toute façon si je bosse vraiment très fort, mon employeur finira bien par me remarquer et me donner spontanément une augmentation en signe de reconnaissance !


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En fait les bonnes élèves sont apparemment plus sujettes à stagner dans leur carrière professionnelle. Jugées comme de très bonnes exécutantes qui font peu de vagues, on ne voit pas l'intérêt de les promouvoir (et elles osent peu le demander).


Elles font également de très bonnes candidates au burn-out et à l'anxiété, du fait de toujours se charger la mule à outrance sans céder d'un pouce sur les exigences qu'elles se fixent.


Bref, si être bonne élève rapporte de bonnes notes à l'école, ça ne donne malheureusement pas de récompenses aussi proportionnelles au travail. Qu'on se le dise, la récompense au mérite, c'est du flan. Sinon les infirmières gagneraient bein bein plus d'argent !



Je serai toujours perfectionniste mais je me soigne


On ne va pas se mentir, je serai TOUJOURS quelqu'un de perfectionniste. J'aime me dépasser et faire les choses à fond (sinon la vie vaut-elle vraiment la peine d'être vécue ?).


Mais un petit tour par la case "Monde du travail" m'a fait revoir mes priorités à la hausse, et les voici :


Croire en ses qualités

Parce qu'on est des femmes et qu'on est nous, on en viendrait presque à nous faire croire qu'être super consciencieuse et performante dans son travail, c'est normal. La base quoi. Et bein non, ce n'est pas normal ! Ce sont de supers qualités ! Et si un employeur peut être tenté de minimiser ces qualités, c'est tout simplement parce qu'une telle efficacité, ça se rémunère. Connaître ses qualités et se faire confiance est donc super important pour ne pas se laisser dévaloriser.


S'autoriser ses ambitions

A force de me sentir dévalorisée, j'ai eu tendance à voir mes ambitions au rabais. A me dire que de toute façon, c'était un peu utopiste de vouloir un travail stimulant, avec des responsabilités, une ambiance de travail saine et un salaire descent. Voyons on ne peut pas TOUT avoir dans la vie ! Et puis tranquillement pas vite, dans le calme placide de la pandémie, je ne sais pas si c'est de voir les gens autour de moi tomber comme des dominos en burn out ou la grosse ambiance du confinement, mais j'ai changé d'avis. Finalement, j'en veux une de job où l'on est reconnue pour ses compétences. Donc je démissionne.


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Un peu de tolérance, bordel

Et bein non, je n'aurai pas des notes parfaites. J'imagine que de toute façon, on peut TOUJOURS faire mieux (donc c'est un puits sans fond) et que quand bien même je ferais tout parfaitement, est-ce que ce ne serait pas fuckin' agaçant ? (enfin je veux dire, encore PLUS que je ne le suis déjà ?) Alors il va falloir que j'accepte, ou en tout cas que je TENTE d'accepter, que je ne ferai pas tout bien comme il faut. Que tout le monde s'en fout, et que la seule personne que cela dérange, c'est moi, la folle. Je pourrais peut-être entamer une thérapie comportementale, m'exposer aux imperfections en laissant les portes de placard ouvertes chez moi, me laisser de la salade entre les dents ou voler un cahier de coloriage à un enfant pour dépasser de partout au marqueur rouge. Des trois options, cette dernière est de loin celle qui me semble la moins douloureuse.

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