J'ai oublié comment glander


sex and the city à la plage

Après des mois de travail acharné, j'ai enfin pu profiter d'une semaine de congé. Je devais initialement partir à Hawaii, mais bon, le COVID étant passé par là, je m'étais résignée à réduire mes vacances et à les passer chez moi à Montréal. Après tout, des congés ça reste des congés, c'est toujours mieux que de travailler, non ?


Premier jour de vacances, avec mon copain nous décidons de finaliser nos démarches pour nos nouveaux permis de travail, comme ça, c'est fait. Deuxième jour, je fais mes corvées, mes courses, je réfléchis à des idées d'articles. J'essaie bien de me détendre un peu mais rapidement, je suis rattrapée par d'énièmes tâches que je me suis promise de faire "parce que j'aurai le temps pendant mon congé". Rendue le soir sur mon balcon, je me tourne vers mon chum, dépitée :


"Dis. J'me sens pas du tout en vacances. Pas toi ?
Non pas trop, c'est vrai. En même temps, on fait les mêmes trucs que d'habitude, alors ça ne nous change pas tellement."

Et là, la vérité m'apparaît, nue sous le crépuscule du soir, brutalement choquante : j'ai oublié comment glander.



Avant, j'étais la reine de la glandouille



Mais bon sang, j'ai su faire pourtant ! Je me revois ado ou même à la fac, à faire des grasses mat' jusqu'à midi, à rester en pyjamas toute la journée en regardant des séries ou à passer des après-midi entiers au parc à jouer au tarot africain avec mes copines en me CONTREFOUTANT de mes obligations minimes.


Un devoir à rendre ? Bah, je regarderai ça ce soir. Qu'est-ce je vais manger ? J'ai bien un reste de pâtes et un paquet de gruyère entamé encore bon. Le... le quoi ? Le ménage ? Oh lala mais c'est bon, laisse-moi tranquille !


Et le pire, c'est que je me sentais bien le soir, paaarfaitement en paix avec moi-même. Quoi, je n'avais rien fait de ma journée ? Mais si madame. Je m'étais DÉTENDUE. REPOSÉE. Je profitais de la vie, très chère.


J'étais une professionnelle de la glandouille. Une "relax and chill" hors paire. Je dirais même, une artiste de la vie. (Oui, rien que ça)


MAIS QUE M'EST-IL ARRIVÉ ??



En mode productivité H24



Je dois bien le reconnaître, ma vie est tournée vers la productivité. Chaque tâche est chronométrée, planifiée, optimisée pour que je puisse à la fois travailler, faire des activités EN DEHORS du travail (histoire d'avoir une vie quand même), voir mes amies ET me garder du temps pour moi à la maison. (j'ai enlevé le sport de ma liste, vous voyez bien mon emploi du temps est déjà overbooké alors...)


Il faut se réaliser partout, être performante partout, et je dois me dépêcher parce que je n'ai QU'UNE VIE pour tout faire !!


Quand j'étais jeune je me disais "Baaaah, j'ai le temps, je verrai ça quand je serai adulte." Mais quand tu es RENDUE adulte ?? Soudain tout s'accélère, tout devient urgent. C'est presque un sprint, une course à la réussite et tandis que tu t'essouffles dans ton couloir, tu regardes les autres sur les réseaux sociaux qui cavalent telles des antilopes à travers la savane, étalant leurs "succès"à renfort de selfies et de panoramas de la Thaïlande.



C'est stressant un peu, non ?


Je veux dire, je me relis, et je trouve ça vachement stressant.


Et alors, si j'ai le MALHEUR de ne rien faire histoire de me détendre, je culpabilise, mais d'une force ! Je culpabilise teeellement que ça m'en gâche le plaisir de ne rien faire ! Et si à l'inverse, je trouve l'incroyable courage de faire quelque chose de mon temps (comme de toute façon je culpabilise de me détendre), bah je suis tellement brûlée que je n'arrive à rien. Je me retrouve là, devant mon écran à fixer la lumière bleue, l’œil vide du poisson mort.


J'en suis rendue à un stade où je ressens presque un certain soulagement quand je suis malade, car je peux ENFIN me dire : "Bon bah là, je suis malade, je suis malade quoi. Obligée de regarder des séries sous la couette toute la journée. Complètement indépendant de ma volonté."



La paradoxalité paradoxale de la vie



C'est très étrange, car quand je me pose l'ultime question :

"Imagine que tu n'as plus qu'un mois à vivre (je sais pas moi, imaginons une maladie très très rare et FULGURANTE). Qu'est-ce que tu fais du temps qu'il te reste ?"

Je ne me dis pas "Oh lala, il faut que j'en profite pour finir mes tâches au bureau, astiquer une dernière fois le four et écrire ce scénario de film dont j'ai l'idée depuis dix ans !"



Je pense à la bouffe. Au sexe. A mes proches. A la plage ou au parc. A un bon petit apéro entre copines. Et est-ce que ce n'est pas ça finalement, la vie, la vraie ?



Les bases de la glandouille



Riche de cette introspection hyper profonde, je me suis donnée une règle durant le reste de mon congé :


Ne produis rien. ABSOLUMENT RIEN. Touuutes tes activité doivent être futiles, agréables, plaisantes, et n'apporter aucun changement significatif dans ta vie hormis le fait de te détendre. Tu aurais pu disparaître de la planète que tu n'y aurais pas laissé plus de trace. ENVOLÉÉÉE !

Tu veux quoi ? Faire du ménage? On verrait une différence dans l'appartement, pas possible ma vieille. Jeter un oeil à ton blog ? HA, même pas en rêve, tu vas réfléchir. Répondre à une question que l'on te pose au travail pendant ta semaine de congé ? Non mais tu te fiches de moi ?? File dans ta chambre. Vite !



Ça prend un peu de discipline au début, je ne le cache pas. Mais avec de la persévérance, j'ai su retrouver au fil des jours la voie luminescente de la glandouille... Dans ma grande mansuétude (oui, je suis comme ça), je vous livre ici mes bases d'une journée de glande solide :


Sortir de chez soi


Quand on a VRAIMENT oublié comment-que-c'est-qu'on-fait de glander, changer d'environnement c'est pas mal pour débuter. Pas besoin de viser l'extraordinaire, un petit bouquin sur une couverture au parc ou un podcast dans le jardin et hop, emballé c'est pesé. C'est juste histoire de brouiller ses repères et surtout, de s'ôter TOUTE tentation de productivité.


Lâcher (un peu) l'électronique


Ouais. Ça me fait suer de le reconnaître, mais je ressens EN EFFET un chouilla mini plus de stress en utilisant mon cellulaire ou mon ordi, qu'en ouvrant un livre ou en faisant un puzzle (en même temps si tu stresses en faisant un puzzle il est VRAIMENT temps de prendre des vacances !).


Les plaisirs simples sont des valeurs sûres


Dormir, manger, jouir, se divertir, voilà des plaisirs solides sur lesquels on peut toujours compter pour s'assurer une glandouille réussie ! Je dirais même que si ton activité ne satisfait pas un de ces quatre besoins, il est probable que tu en tires une certaine productivité. Si j'étais toi, je me méfierais.


Glander, un état d'esprit avant tout


Telle une sportive de haut niveau, je pense qu'avant même de glander, il faut visualiser sa glandouille. Se dire le matin en se levant, "Aujourd'hui, c'est décidé, je ne fais rien de ma vie !". Un peu comme un contrat qu'on passe avec soi-même. Il faut se PRÉPARER mentalement. Et pas d'embrouille hein ! Si c'est dit, c'est dit !



Allez viens, on fait rien



Je ne dis pas que je vais passer en mode glandeuse H24, c'est parfois bien utile d'être productive (et puis laisser la vaisselle sale dans l'évier ça ne marche qu'un temps hein, croyez-moi, j'ai testé). Mais parfois, relâcher la pression et ne rien faire d'utile, juste pour le plaisir, c'est bien aussi.


Parce que la vie, on n'en a qu'une. C'est important d'en profiter :-)

Posts récents

Voir tout