J'ai toujours voulu être une sorcière


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Allez savoir pourquoi mais ces temps-ci, j'ai une envie dévorante de matter des films de sorcellerie. Alors vous allez me dire, "Bah là, c'est bientôt Halloween patate, cherche pas !"


Mmm ouiii MAIS, je pense que le contexte actuel (tu sais, cette ambiance un peu "fin du monde" depuis début 2020) fait que vraiment, là tu vois, j'ai besoin de magie dans ma vie. J'ai besoin de croire, le temps d'un livre ou d'un épisode de série, que tout va rentrer dans l'ordre grâce aux puissances MYSTIQUES qui nous dépassent.


Quand j'y repense d'ailleurs, j'ai toujours rêvé d'être une sorcière. D'être cette enfant un peu "différente" dans l'histoire (la grosse weirdo en fait), qui se découvre des pouvoirs incroyables lui permettant de maîtriser les éléments de la Terre ou plus modestement de transformer son grand frère en cochon quand il s'est encore foutu de sa gueule.


Alors plongeons ensemble le temps d'un article dans l'univers merveilleux des sorcières, ABRACADABRA !



Rétrospective sur les sorcières



J'ai dû fouiller longtemps dans ma mémoire pour me souvenir à quelles sorcières je me suis identifiée en premier étant petite, et je ne sais par quel miracle, c'est le vestige des sorcières WITCH du Minnie Mag (devenu par la suite le Witch mag) qui me sont revenues en tête !



Alors attention à la poussière, c'est collector ! Witch, c'était une bande dessinée sur cinq adolescentes qui se découvraient des pouvoirs de sorcières liés aux éléments de la nature (eau, feu, air, terre) ET, va vraiment savoir pourquoi, aux objets électroniques (ils avaient dû sentir que ce serait un pouvoir tout aussi utile que de maîtriser le feu avec la montée en puissance d'Apple...). Quand je regarde les images, je me dis qu'ils avait fait un bel effort en termes de diversité pour l'époque.


Je suis ensuite passée aux livres Harry Potter (oui je suis de la génération qui a lu les livres AVANT de voir les films et qui en est inexplicablement très fière) pour découvrir le personnage d'Hermione Granger, une sorcière bien plus maline qu'Harry et Ron (non mais on s'entend que les gars n'auraient même pas survécus au 1er tome sans elle ?). Alors autant te dire que les livres, je te les ai dévoré d'un bout à l'autre, allongée sur la moquette de ma chambre. Et entre copines, ça y allait les jeux de sorcières, à se poursuivre dans la cours de récréation en gueulant WINGARIDUM LEVIOSAAAA, armées d'un bout de bois en guise de baguettes !


Rendue à l'adolescence, je suis passée aux séries, et j'ai BIEN ENTENDU regardé Charmed et Buffy contre les vampires, avec "le pouvoir des trois qui te libèrera" et Willow qui s'est progressivement transformée en sorcière trop cool. Les héroïnes étaient des femmes fortes, courageuses et complexes.


Forte de cette éducation tout au long de mon enfance et de mon adolescence, mon avis était fait. Être une sorcière, c'était la classe à Dallas.




La chasse aux sorcières, ou comment cramer des femmes sans avoir à répondre de ses actes



Aussi étrange que ce soit, je n'ai réalisé qu'assez récemment que la chasse aux sorcières n'étaient pas qu'une simple légende basée sur un ou deux faits divers de féminicides. Non non, rien qu'en Europe, on a bel et bien cramé près de 60 000 femmes, sous prétexte qu'elles auraient été soupçonnées de sorcellerie !!


Moi quand je lis ça, déjà je me dis, comment se FAIT-CE, qu'on n'en ait pas davantage parlé en cours d'histoire ?? Je pense bien avoir vu une petite image de gravure en bas de page dans un manuel avec une légende "PS : représentation d'une femme accusée de sorcellerie, brûlée sur un bûcher", mais rien de plus. Alors que c'est tout de même fou, autant de femmes tuées pour rien, non ?


Alors je fais mes recherches, je me dis atta, les gens ont pu être un peu superstitieux à une époque mais ils n'étaient quand même pas CONS au point de massacrer autant de femmes sans se demander UNE FOIS "Hey. Pollo. On ferait pas une connerie en brûlant celle-là ?"



Et bien sûr, la réponse est non. MALGRÉ les apparences, les gens ne sont pô cons. De ce que j'ai compris (je vous recommande fortement le livre de Mona Chollet "Sorcières, la puissance invaincue des femmes" si vous vous intéressez au sujet), alimenter le mythe de la sorcellerie permettait d'éradiquer les femmes qui ne se conformaient pas aux attentes de la société patriarcale, par leur indépendance ou leur savoir. Ainsi, les femmes célibataires (= libres), sans enfants (= encore plus libres), les veuves (= libérées), les femmes âgées (= délivrééee ! Ok, j'arrête.) et les femmes détenant des connaissances médicinales dont les sages-femmes et les avorteuses (#badass) étaient les cibles favorites des accusations de sorcellerie en tout genre.


Ou comment dominer le genre féminin, par le meurtre ou la menace, afin qu'elles rentrent dans le rang. Si des récits au sujet de ce joyeux massacre t'intéressent, je te recommande le roman que l'on ne présente plus (mais que je présente quand même) "Moi, Tituba sorcière..." de Maryse Condé. Semi fictionnel, semi biographique, il raconte l'histoire d'une esclave noire aux États-Unis, accusée de sorcellerie durant les procès de Salem...


PS : brûler des femmes pour "sorcellerie" a toujours lieu en Papouasie... T'as vu, je fais comme les manuels d'histoire, je te le mets en tout petit en bas de page.



Ça ressemble à quoi une sorcière en 2020 ?



On va toutes s'accorder sur le fait qu'il y a eu un retour fulgurant de la sorcellerie en 2017. Brûler de la sauge est devenu trendy, on peut s'acheter des cristaux sur Etsy et faire une formation en ligne pour créer le thème astral de ses potes. On peut faire des rituels collectifs en ligne, et des influenceuses font leur coming out de sorcières ! (Je pense à Josée-Anne SC, une podcasteuse québecoise que j'ai longuement suivi lors de la préparation de mon expatriation)


Alors je comprends bien qu'il y a autant de degré d'investissement dans ces pratiques qu'il y a de personnes (allant du "pour mon rhume j'utilise des huiles essentielles", à "je m'enduis de sang de cochon tous les soirs de pleine lune"). Mais ce qui m'intéresse particulièrement, c'est le côté militant féministe qui s'entremêle à tout cet univers.


Car si on met le folklore des rituels de côté (qui pour moi ne sont pas plus saugrenus que de bouffer une pastille en carton pate et de psalmodier des prières un chapelet à la main), de ce que j'en comprends, célébrer la sorcière qui est en soi, c'est réapprendre à écouter son intuition, à se faire confiance. C'est se sentir proche de sa terre, des éléments, respecter les bienfaits de la nature.


C'est se serrer les coudes entre femmes, prendre conscience du pouvoir que l'on a sur la vie et des changements que l'on peut provoquer grâce à nos connaissances et notre volonté. C'est se rappeler de ce que nous ont enseigné nos mères et nos grands-mères pour prendre soin de nous et nous soigner, en ayant la fierté de ne plus venir engraisser les gros laboratoires pharmaceutiques qui nous enfument joyeusement (et qui ne veulent toujours pas sortir de pilule contraceptive masculine).


C'est célébrer la puissance de sa féminité et mieux, la revendiquer.



Il n'y a qu'à voir ce que nous propose la pop culture actuelle, avec la revisite Les Nouvelles Aventures de Sabrina qui n'a plus rien de l'univers édulcoré de la version originale. On y assume une ambiance dark à souhait, des femmes puissantes et un renversement du patriarcat établi (aux chiottes Sataaan ! Hum, pardon.).


Les femmes se revendiquant sorcières croient au fait de détenir en elles le pouvoir de changer le monde qui les entoure et de protéger la Terre. N'est-ce pas plutôt cool comme spiritualité ?



Alors quoi, on s'en va danser toutes nues sous la pleine lune ?



Et bien figuez-vous que techniquement (et je dis bien, techniquement), on pourrait. En effet, sachez qu'au Canada, il n'est plus illégal de pratiquer la sorcellerie depuis 2017 ! Comme quoi, ça sert de dépoussiérer le code pénal de temps en temps...


Après, est-ce bien malin de risquer d'attraper un rhume par temps de Covid ? Chacune se fera son avis.


Toujours est-il que je m'en vais binge watcher des films d'Harry Potter en me gavant de pop corn au caramel. Parce que je suis une vraie sorcière maintenant. J'écoute mon instinct.