La paranoïa, nouvelle névrose des féministes (à ce qu'il paraît)


femme paranoïaque conduit voiture psychose

Parmi les joies de l'expatriation, il y a celle de vous réveiller le matin avec la certitude de trouver des messages non lus sur votre cellulaire provenant d'un.e compatriote outre-Atlantique. Et c'est plutôt agréable je dois dire, de trouver comme ça à son réveil la suite d'une conversation entamée la veille, un lien vers une vidéo youtube de chat ou une photo du dernier coup soleil attrapé en vacances façon glace vanille fraise. A défaut de pouvoir échanger quelques mots avec mon compagnon qui gît encore inconscient à côté de moi, je peux ainsi toujours compter sur mon cellulaire pour me réveiller en douceur.


Enfiiiin, jusqu'à dimanche dernier. Dimanche, qui est pourtant la matinée la plus SACRÉE de la semaine. Hasardeusement entre deux cycles de sommeil matinaux, je tends le bras vers mon téléphone (pourquoi donc je ne saurais trop le dire, avouons simplement que nous sommes tou.te.s esclaves de nos écrans). Et sapristi, que vois-je sur mon fil de messages ? Un clip vidéo mettant en scène une chanteuse de R'n'B vêtue d'une brassière et d'un micro short, se retrouvant quelques secondes plus tard nue dans une baignoire (toujours aussi à fond dans sa chanson), suivi plus bas du message suivant : "Te reconnais-tu ?"




Me serais-je musclée à mon insu en regardant Netflix ?



La vue encore brouillée par le sommeil, je relis la phrase pour le moins énigmatique et contemple la vidéo, hagarde. Je ne vois pas ce que j'ai à voir avec cette chanteuse ni comment on pourrait spontanément penser à moi vu la manière dont elle était vêtue (en l'occurence, DÉvêtue). Je suis une femme pudique, je réserve ma nudité à l'intimité de mon appartement et la baie vitrée de mes voisins. Et puis elle a des courbes flatteuses, des abdos saillants, une chevelure bouclée, le teint hâlé... On m'a déjà à la rigueur comparée à Nathalie Portman (avant de me demander un service), mais là je ne vois FRANCHEMENT pas la similitude. A ce niveau d'éveil, je ne suis capable que d'une seule réponse qui je suis sûre, ne vous est pas inconnue :


"?"
"C'est une nouvelle application. Tu peux coller le visage des gens sur le corps d'autres gens !"

(Bon en relisant cette phrase à la lumière du jour et venant en l'occurrence d'un homme qui n'est pas connu pour son engagement profond vis à vis de l'égalité homme-femme, j'aurais pu me DOUTER que cette conversation n'allait pas prendre une tournure valorisante pour mon sexe mais que voulez-vous, j'étais vraiment dans le coaltar...)


Deux vidéos apparaissent successivement sur le fil de notre conversation. Une première mettant en scène un ami dans la peau d'un acteur en costume sur un tapis rouge. Puis moi, sur le corps d'une mannequin Victoria Secret à la tenue pour le moins minimaliste, se résumant somme toute à un ensemble lingerie digne de la Reine des Neiges et de deux ailes de papillon.



Alors en soi, ce n'est pas que ça me déplaise de prendre les traits (et surtout le corps) d'une mannequin professionnelle passant sa vie dans les salles de sport alors que ça fait quatre mois que je fusionne lentement mais sûrement avec le tissus de mon canapé. Loin de là. En voyant le résultat, je constate même que ça m'irait tout à fait, ce bonnet D. Un peu encombrant certes, mais tout à fait sécuritaire en cas d'accident de vélo.


Mais j'avoue qu'en comparaison de mon homologue masculin qui lui, a eu droit aux marches de Cannes, je me serais sentie tout à fait à l'aise dans les escarpins de Michelle Obama en train de faire un discours ou Gal Gadot en Wonder Woman. Même Frida Khalo, ça m'aurait faite marrer.


Bref, je me serais volontiers passée de ce sentiment d'objectification légèrement rabaissant, et franchement me réveiller un dimanche pour ça, ça relève presque du crime de lèse majesté. Forte de mon éducation m'ayant inculquée que quand un homme vous met mal à l'aise, il ne faut pas se gêner pour le lui dire, j'exprime donc mon scepticisme quand au potentiel comique de la blague. S'en suit alors une réponse sans appel :


"Oh là là mais si on ne peut plus plaisanter ! Jean-Mi (nom d'emprunt), il n'a rien dit quand il a vu sa photo ! Les femmes frisent la paranoïa aujourd'hui !"


Ok cette fois c'est bon, je suis réveillée !!



La paranoïa selon le Larousse



Alors moi, vous me connaissez, j'aime bien aller au fond des choses dans la vie. Et je m'interroge, sincèrement, serais-je devenue un peu parano ? Qu'entend-on par ce terme, pour commencer ?


Paranoïa (fem, du grec paranoia, la folie) :

  • Psychose caractérisée par la présence d'idées délirantes systématisées et permanentes, surtout à thème de persécution.

  • Comportement, attitude de quelqu'un, d'un groupe qui a continuellement tendance à se croire persécuté et agressé.

Admettons que mon interlocuteur ne faisait pas référence à une réelle psychose (ce serait fort de café), et qu'il pense donc que je me crois, à tord, fréquemment persécutée et agressée.


Mais... ce n'est pas une croyance mon cher, c'est un constat ! C'est dès 10h du matin le dimanche, dans mon lit, sur mon cellulaire, parce qu'un type a cru que ce serait poilant de m'envoyer une vidéo de mon visage grossièrement flanqué sur le corps d'une femme à moitié nue ! Lui a-t-on déjà envoyé un photo montage de lui en string ? J'en doute. Alors que pour ma part, c'est malheureusement une case que je peux maintenant cocher sur la looongue (je dirais même, interminable) liste des blagues navrantes qu'on aura pu me faire.



Au final, je ne sais pas ce qui m'aura le plus importunée dans cet échange. Le fait qu'on m'ait mise mal à l'aise. Le fait qu'on ait voulu me faire culpabiliser parce que j'ai osé exprimer qu'on m'a mise mal à l'aise (au lieu de s'excuser et de passer à autre chose). Le fait de recevoir une énième blague sexiste de cet homme, et qu'il continue de rire de ses propres blagues sans tenir compte du fait qu'il n'amuse pas son auditoire.


Parce qu'une blague sexiste, c'est comme une blague de pet. On en fait une, les gens sourient poliment. On en fait deux, on rit nerveusement, partagé entre le comique de répétition et le pathétisme du narrateur qui n'a toujours pas compris qu'il n'était pas drôle. Et au bout de la troisième, on entend plus que le bruit des couverts.



Il y a rire avec, et il y a rire de



Il faut arrêter de dire qu'on ne peut plus rire de rien. Encore hier, j'ai regardé le 1er épisode de la série Norsemen, un parodie sur les Vikings. On assiste au retour des guerriers qui ont pillé un village, et l'un d'eux explique qu'il a fait ça bien comme il faut, en tuant les hommes et violant les femmes. Un interlocuteur répond : "Est-ce qu'on est encore obligé de faire ça ? N'est-ce pas un peu sauvage ?" Une guerrière s'avance alors et sort quelque chose du genre : "T'es pas fou ? Moi j'ai monté au moins quinze moines ! C'est la tradition !"


"Bah ouais mon vieux."


Et ça m'a faite rire ! Parce que dans le contexte c'était surprenant, et surtout, je me suis sentie inclue dans la blague. Je crois que c'est toute la différence entre une bonne et une mauvaise plaisanterie. Si une amie m'avait envoyé ce genre de vidéo, c'est sûr qu'on en aurait ri, parce qu'on aurait été toutes les deux inclues, à nous transposer dans des clips vidéo plus improbables les uns que les autres. Alors que là, bein... on n'était pas vraiment sur un pied d'égalité.


Alors le type a quand même voulu se rattraper, pas mauvais bougre, en m'envoyant une dernière vidéo pour me montrer que franchement, je voyais vraiment le mal partout. Une vidéo de moi, chevauchant une moto dans un film d'action... dans le corps de Tom Cruise.


Nan mais c'est l'intention qui compte Paulette ! C'est le geste !


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