Le confinement me donne envie d'acheter


confessions d'une accro au shopping assise dans son dressing

Cela fait bientôt un an que nous vivons confinées. Un an de tête à tête avec nos intérieurs, un vague souvenir en tête de ce à quoi ressemble un soutien-gorge, à passer nos samedis soirs devant Netflix.


Expatriée à Montréal, je me suis toujours dit qu'il était ridicule que j'achète trop de décorations ou de vêtements, puisque le jour où je retournerai en France (jour qui s'éloigne de plus en plus quand je vois comment tourne notre gouvernement), je devrai en revendre une grande partie (et rien que d'y penser, ça m'épuise déjà).


Mais assise là dans ma chambre somme toute pas bein grande et pour le moins minimaliste, à télétravailler le jour et à y glandouiller le soir, je me surprends à rêver d'une décoration cosy digne de mes tableaux Pinterest les plus extravagants. J'en ai marre du vide, j'en ai marre du blanc. Je veux de la couleeeurs, de la texture, de la VIE !



Je pourrais dire de même pour les fringues. Ces 3 derniers mois, j'ai porté le même pantalon bleu marine et le même pull noir TOUS les jours de la semaine (zinquiétez pas, je change de T-shirt et de slip en dessous, il me reste quelques réflexes de notre ancienne civilisation). J'ajoute quand même une variante le weekend, où je switch pour mon pantalon de survêtement noir. Parce que c'est important, de faire preuve de fantaisie en matière de mode.


Bon bref, comme ces derniers mois semblent passer au ralenti, j'ai besoin de changement VISIBLES dans ma vie, juste pour m'assurer que je ne vis pas un remake du jour de la marmotte, juste pour me procurer ce petit frisson grisant que l'acte d'achat peut susciter, et ainsi saupoudrer ma morne existence de quelques paillettes artificielles.


Me voilà donc, affalée sur mon lit en train d'errer sur les sites internet, à la recherche de fringues et de bibelots à même de combler le VIDE que le confinement a créé dans ma vie. Ma carte de crédit est prête, je me livre en SACRIFICE sur l'autel du capitalisme, prête à être consumée par le remord que me procureront mes achats dans les grandes enseignes.


Et là bah, j'ai bogué.




Au secours, je ne sais plus acheter !



Bah, c'est à dire que ça fait 2 ans que je ne m'achète quasiment rien alors j'ai oublié comment on faisait moi ! J'étais là à scroller sur les pages de Zara ou d'Ikea, et j'étais pommée quoi. Qu'est-ce que j'aime ? Quel type de déco représente "ma personnalité" ? Quels vêtements me feraient me sentir bein dans ma peau, mieux, me feraient sentir comme une femme NOUVELLE (tu vois genre belle, talentueuse, fascinante mais avec nonchalance) ? Quoi ? Oui je sais que les vêtements ne sont pas magiques.


J'ai acheté des trucs. Je les ai retourné. J'ai racheté des trucs. Je les ai REretourné (me fustigeant au passage pour mon empreinte carbone).


Une fois j'ai acheté un tapis Ikéa, pour me rendre compte une fois livré que les dimensions n'allaient pas du tout au regard de la taille de ma chambre (que veux-tu, en vrai ça faisait po pareil). Pétri de bonnes intentions, mon copain a voulu m'aider à trouver une disposition jolie et pratique. Une heure et deux tours de reins plus tard (à force de soulever le lit), il quitte la chambre, excédé, me priant bien cordialement de me débrouiller seule, probablement aux prises avec une envie urgente de jeter le dit tapis par la fenêtre et moi avec.



Le positif dans tout ça, c'est que je pense avoir enfin compris ce que ça me prend pour être satisfaite d'un achat et ne pas avoir envie de me flageller avec une branche de bambou. Comme quoi, nous sortons toujours grandies des terribles épreuves que nous inflige la vie.


Voici donc les leçons que j'ai tiré de mes FOLLES aventures.



Le seconde main, c'est correct



J'ai eu une grosse montée de culpabilité en essayant d'acheter sur les sites de grandes enseignes. T'sais, le genre d'achat où tu es contente mais tu te sens un peu sale, où tu dois t'arranger avec ta conscience car tu sais que ton choix n'est ni écolo ni éthique, mais que BON SANG elle est jolie cette petite blouse à 50$.


Alors qu'avec le seconde main, point de culpabilité ! Tu réutilises des objets/vêtements pour leur donner une SECONDE VIE, tu fais une bonne action !


Bon au Québec on n'a pas Vinted (pourquoi, mais pourquoiiii ??), MAIS il reste quand même des alternatives. Nous avons le Marketplace sur Facebook, temple des trouvailles en tout genre et des posts what the fuck (une fois je suis tombée sur une annonce d'un type qui voulait vendre ses enfants), les friperies pour trouver des vêtements originaux et uniques (ça vous tenterait un article sur mes friperies préférées à Montréal ?), ET les merveilleux centres Renaissances (= Emmaüs) pour trouver des bibelots bein bein cutes.



C'est simple, quand j'achète seconde main, je me sens TOUJOURS bien (t'as vu comme je suis contente avec mon nouveau pull seconde main digne de "Les bronzés font du ski" ?).


En plus c'est pas cher. Et puis tu as toujours ce sentiment d'acquérir une pièce qui est un peu unique, qui a une ÂME quoi. Le seul truc c'est qu'il faut être patiente, déloger des petits trésors, ça se mérite.


En même temps, est-ce qu'on n'a pas QUE ÇA à faire en ce moment ?



Focalisons-nous sur des choses UTILES



Ça faisait un moment que je lorgnais sur mes sous-pulls détendus, mes chaussettes trouées et mes culottes élimées. Et en fait je me suis dit : "Avant d'aller chercher des pièces extraordinaires, comme un bob en fourrure rose ou une robe à franges style cowboy, est-ce que ce ne serait pas pertinent, mais alors je me pose la question comme ça hein, de commencer par avoir des basiques décents ?" (#lagrossepouilleuse)



Pour le coup, j'avoue, je me suis tournée vers du neuf (en même temps va trouver des culottes et des chaussettes d'occas', BE MY GUEST !!). Mais comme ce sont des choses que je suis sûre d'utiliser et pour longtemps, des choses dont j'ai quand même VRAIMENT besoin (ya un moment, le slip raccommodé par tous les côtés c'est plus possible), je me suis sentie correcte avec ma conscience. Ou elle est partie en vacances ce jour-là, allez savoir.


De même, ça faisait des mois que j'avais le dos en compote à force de travailler sur une chaise de bureau davantage faite pour décorer que pour s'assoir dessus 8h par jour. Et t'sais, quand je voyais le prix des chaises ergonomiques, je me disais "bah non oublie, trop cher, je ne vais pas mettre ce prix-là dans une CHAISE, merde !". Pourtant, qui c'est qui a mis 200$ dans un tapis qui était au final trop grand pour sa chambre ? Hein ?


Alors plutôt que de me focaliser sur un objet qui en soit, ne sert À RIEN, j'ai rendu le tapis (merci encore à mes amies qui ont réussi à faire rentrer un tapis de deux mètres sur trois dans une auto qui ne faisait pas beaucoup plus de longueur. Que voulez-vous, j'ai des amies extraordinaires et diablement déterminées).



À la place, j'ai ENFIN commandé une chaise de bureau digne de ce nom, faite en plastique recyclé s'il vous plaît (je la reçois la semaine prochaine, j'attends de l'avoir testée avant de vous la recommander, des fois que j'aurais envie de la retourner...).



Acheter pour faire plutôt que pour paraître



Un autre truc que j'ai remarqué, c'est que si j'ai toujours des remords à acheter des articles ostentatoires (t'as vu on est sur un blog où on utilise des mots savants), je n'ai jamais eu de regret à accueillir sous mon toit des objets qui allaient me permettre de m'occuper. Fournitures de broderie, puzzles, jeux de société, chacun de ces achats m'a permis de m'amuser et de faire autre chose que de zoner sur Youtube.


jeux de société étalés sur un tapis persan

Parce que qu'on se le dise, on se fait quand même BIEN CHIER pendant ce confinement ! Je veux dire, c'est presque une affaire de santé mentale, de s'occuper les mains ! Alors quitte à acheter quelque chose pour calmer sa soif soudaine de consommation, pourquoi ne pas tourner cette frénésie vers des activités sympas ?


A noter que j'ai acheté le puzzle d'occasion sur Marketplace (parlerons-nous du fait que je me suis mangée une portière de voiture en allant le chercher en vélo ?), les jeux de société dans une petite boutique indépendante de mon quartier, et les fournitures de broderie dans deux merceries tenues par des commerçant.es à leurs comptes.


Si on peut faire vivre l'économie locale, est-ce que ce n'est pas UN PEU une bonne action quand même, au final ?



Je resterais toujours une personne incroyablement compliquée quand il s'agit d'acheter



T'sais, je pense que quand on arrive à un certain âge dans la vie, faut savoir être clairvoyante envers sa personne. Je ne serai JAMAIS quelqu'un qui achète sur un coup de tête, qui dépense sans compter dans des achats futiles et qui accumule des trucs inutiles chez elle. J'aime l'ordre, j'aime avoir des vêtements que j'aime tellement que je les porte tous les jours (en changeant de sous-pull et de slip), j'aime regarder les objets qui m'entourent en ayant le sentiment d'avoir bien investi mon argent.


Est-ce que ça fait de moi une personne toquée, pénible à trimballer dans les magasins parce qu'elle met mille ans à se décider et capable de se prendre la tête pendant des semaines sur l'achat d'un tapis ? Assurément. Mais...


Ah bah non. En fait je pensais trouver une phrase philosophique pour terminer cet article mais c'est pas mal ça. Je suis juste quelqu'un de pénible.



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