Le poids de la pilule contraceptive


femme anxieuse pensive dans un café

Victime d'une intoxication alimentaire (hum, space cake), je me cramponne aux bords de mon lit pour que les murs arrêtent de tourner. La nausée me vient et j'ai tout juste le temps d'attraper le seau posé à côté de moi avant de rendre le délicieux assortiment vin fromage que j'avais mangé en début de soirée (nettement moins satisfaisant dans ce sens-ci).


Je relève la tête, j'ai l'impression que ça va déjà mieux. Tant pis pour mon record de non-vomissement en ayant bu à une soirée. La panique laisse place au soulagement, je vais enfin pouvoir dormir... Enfin, avant qu'un sursaut d'horreur me redresse droite comme un i.


MEEERDE, JE VIENS DE VOMIR MA PILULE !!


Je trouvais que ça relevait déjà de l'EXPLOIT d'avoir pensé à la prendre en rentrant chez moi vu l'état dans lequel je me trouvais, mais alors me souvenir du fait qu'il fallait la reprendre si on avait un accident d'aller-retour gastrique, je m'auto-applaudis. Oui, il n'y a pas de petites victoires dans la vie.


Je me suis réveillée en sursaut toute la nuit, tâtonnant la surface de ma table de chevet à la recherche de ma plaquette pour vérifier que je l'avais bien reprise. J'aurais pu me focaliser sur mon état, mon bien-être, mon sommeil mais tandis que mon copain dormait à côté de moi du sommeil du juste je n'étais obsédée que par une chose : ma pilule contraceptive.



La pilule, ça commence à me briser les ovaires


J'ai fait le calcul, et ça fait 10 ans que je prends la pilule. 10 ans à me souvenir tous les soirs que je dois prendre un cachet si je veux coïter en toute tranquillité. Enfin, me souvenir... Mon téléphone s'en souvient ! Soyons honnêtes, sans alarme, je serais tombée en cloque depuis belle lurette.


N'empêche, ça commence à me courir sur le haricot moi, de toujours devoir y penser. Vérifier qu'elle est dans mon sac quand je pars quelque part. Me réveiller en sursaut et me précipiter à la salle de bain pour vérifier que l’opercule de la journée est bien pété parce que je n'ai pas souvenir de l'avoir prise. Étouffer le bruit de l'alarme de mon téléphone en plein film au cinéma, parce que je n'ai pas anticipé ma prise avant la projection (j'ai l'impression de parler comme une droguée).



C'est insidieux comme charge mentale. On pourrait se dire "oh c'est rien, c'est juste un cachet qu'il faudra prendre une fois par jour". Mais le truc c'est que ce n'est pas de ta vitamine D de l'hiver dont on parle là. Si tu oublies UNE prise, tu ne risques pas d'avoir le teint blafard ou de chopper un rhume, c'est toute ton existence qui peut basculer ! Est-ce une vie de devoir supporter cette pression chaque jour que Dieu fait ? Alors quand je regarde tout le temps qu'il me reste à devoir prendre la pilule avant la douce délivrance de la ménopause, et bien franchement, je suis un peu découragée.


Parce qu'attention, il faut penser à la prendre, mais il faut en plus la payer cette pilule, et plein pot Michelle ! Sans compter la chasse au gynéco pour obtenir la fameuse prescription, ce qui relève parfois de l'exploit entre ceux qui sont cons et celles dont la liste d'attente pour obtenir un rendez-vous est longue comme le bras. Les joies de l'auscultation en elle-même, n'en parlons pas.


Étant expatriée, je ne te raconte pas NON PLUS le bordel pour me la procurer.


Et ça, c'est sans compter le fait que si ça se trouve, je m'empoisonne sciemment depuis 10 ans... Tout à fait Michelle !




Va-t-il me pousser un troisième bras ?


J'ai toujours bien supporté la pilule. Pas de boutons, de sautes d'humeur ou de prise de poids. Hormis le merveilleux effet secondaire de ne pas avoir d'enfant et peut-être une légère baisse de libido, je m'étais toujours dit que la pilule serait ma road and die BFF du sexe.


Et puis bon, on a toutes entendu parlé de différents scandales pointant du doigt la pilule comme un contraceptif dangereux qui pourrait bien nous faire pousser un 3ème bras sur le long terme. Ce qui fait sens, je veux dire, on n'a jamais pensé grand bien d'un élevage de poulets élevés aux hormones, alors pourquoi diable voudrait-on nous-même en ingurgiter quotidiennement ?



Alors oui j'ai cherché des alternatives. Stérilet avec et sans hormones, implant, diaphragme... Mouais. Le truc c'est que j'ai la chance d'avoir un entourage féminin qui a déjà joué les cobayes avec toute la batterie et très franchement, tous les dispositifs ont leurs avantages et leurs histoires d'horreur. Fourrure de yéti, acné d'ado sortie d'outretombe, chutes du Niagara sanguine, et bien sûr le fameux : "Oups ça a bougé, ça devait être mal posé car vous êtes enceinte. Mais bon, vous comptiez bien en avoir un jour de toute façon, non ?"


Bref la contraception de manière générale, c'est pas jojo. Pourrait-on envisager une garde partagée pour alléger un peu le fardeau ?



C'est pas les hommes qui vont nous sortir de l'auberge


ET BEIN NON, MÊME PAS MICHELLE !



Parce que je me suis renseignée hein ! Et hormis le préservatif, leurs options sont aussi prometteuses que de se coller la main sur le front pour deviner si tu es dans ta courbe de température non fertile ! Nous avons notamment la technique du retrait (laisse-moi rire), le slip thermique qui leur remonte le paquet pour le tenir au chaud et donc le stériliser (je me marre), ou sa version anneau de latex, et oh, une injection de testostérone hebdomadaire pour stopper la production de spermatozoïdes au bout de 3 mois, super vendeur !


Et c'est TOUT Michelle, c'est TOUT !


A croire que les mecs n'en ont vraiment rien à faire de semer leur progéniture aux quatre vents. Mais savent-ils combien de pensions alimentaires ça représente ? Ces jeunes gens n'ont manifestement pas été assez sensibilisés ! C'est vrai quoi, moi j'ai TOUJOURS associé ma vie sexuelle aux dangers de la maternité. Alors que quand j'en discute avec des hommes, je me rends bien compte que nous n'avons pas mais alors pas du tout la même représentation des dangers du sexe.


Hein ? Mettre... mettre une femme enceinte ? Nope. Jamais traversé l'esprit.

La pilule masculine, j'ai bien compris qu'on pouvait s’asseoir dessus depuis le temps qu'ils nous l'annoncent. Le corps masculin est trop noble pour subir les mêmes effets secondaires que nous. Il nous reste la vasectomie ou la ligature des trompes... Bah je vais me reprendre un cocktail, tiens.



J'imagine que c'est toujours moins de boulot que d'avoir un enfant


Oui, c'est sûr qu'en comparaison, J'IMAGINE que prendre la pilule représentera toujours moins de charge mentale et d'effets indésirables que de concevoir un enfant. Bien sûr.


Je veux dire, peut-être bien que la pilule va me tuer un jour, mais bon quand on voit ce qui s'est passé avec Oedipe, je me dis que je ne suis pas plus à l'abri avec une descendance.


Mais quand même... à quand le dispositif 2.0 mixte pour que la contraception, au même titre que la conception et l'éducation de minis humains soient l'affaire de toutes et tous, et non un énième truc qu'on remet sur le dos des femmes ?