Les cheveux, une histoire qui prend la tête


bridget jones repasse ses cheveux

Bonjour, je viens pour me faire couper les pointes. Quelle longueur ? Mmm, je ne sais pas, 4 cm ? Oulah attendez, ça fait combien pour vous 4 cm ? QUOI ? TOUT ÇA ? Ah non non, moi je visualisais plutôt ÇA. Maiiis non ça ne fait pas 2 cm ! Attendez, apportez le décimètre, on va comparer !

Qu'on se le dise, les cheveux des femmes n'ont JAMAIS été un sujet anodin. Symbole de féminité, d'émancipation, de jeunesse, certains magazines féminins y voit carrément un "reflet de notre personnalité" (rien que ça). Mais pourquoi s'en fait-on autant pour de simples cheveux ?



Je suis de celles qui crisent à propos de leurs cheveux



Trouver un.e coiffeur.se pour moi, ça prend limite une entrevue d'embauche. D'ailleurs j'envoie toujours mon copain se faire couper les cheveux avant de tester un salon. En cobaye quoi. Oui je sais, je suis une petite amie en or.


Je suis LA cliente stressée. LA fille qui pleure si la coupe est "ratée" ("Tu te rends compte, elle m'a coupée tout çaaaaaa !"). La chieuse quoi.


J'assume. Ok ça repousse. Mais en attendant, bah t'as une tronche de merde !


Pourtant je n'ai pas toujours été une stressée du cuir chevelu. Je me souviens encore quand j'étais petite de ma grand-mère en train de nous faire sa fameuse coupe au bol avec une paire de ciseaux de couture et une serviette de toilette jetée sur les épaules dans la véranda. J'avais une frange à l'époque. Inutile de compter le nombre de fois où elle me l'a reprise trop courte. Mais je m'en fichais. C'était des cheveux quoi.


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Et puis est venue l'adolescence. La transition où tu quittes l'innocence de l'enfance, pour commencer à vivre les multiples injonctions sociales qu'on impose à une femme (aah, quelle belle période). Je me souviens pour fêter la fin du collège, une copine avait organisée une fête dans une grange (bah ouais, je viens de la campagne). Alors moi, toute contente, j'avais pris rendez-vous à un nouveau salon de coiffure prêt de chez moi, histoire d'avoir de beaux cheveux pour le grand soir. Je les avais longs. Trèèès longs.


Jusqu'à ce que je croise le chemin de Britney (la coiffeuse hein, pas la chanteuse).


Britney était une jeune coiffeuse, dont je me suis souvent dit après coup que son prénom aurait dû m'alerter sur ses préférences capillaires (quand tu grandis dans une famille française qui t'a nommé Britney, tu n'en ressors pas indemne). A peine arrivée, elle m'emmène au bac pour me shampouiner, m'inondant de flotte sur les épaules (2ème signe qui aurait dû m'alerter, une fille qui n'assure pas pour un simple shampoing ne DOIT PAS toucher à tes cheveux). Arrivées au fauteuil, je lui explique vouloir simplement qu'on me coupe les pointes pour enlever les fourches, trop fière de mes beaux cheveux longs qui me tombent sur les épaules. Britney me regarde à travers la glace, son chewing-gum dans la bouche et me gratifie d'un hochement de tête.


"Alors tu ne t'inquiètes pas hein, j'ai une technique un peu spéciale pour couper les cheveux mais ça marche hyper bien. C'est juste impressionnant."


MAIS COURS BON SANG, FUIS !! Une coiffeuse qui te dit ça, ça ne PEUT PAS être bon signe !


Je suis restée. J'étais jeune. Naïve. Britney a pris une large touffe de cheveux entre ses doigts qu'elle a brandi en l'air et, d'un coup de ciseaux, m'a coupé un bon 10 cm. J'en suis restée bouche bée. J'ai fait un genre de black out le reste du massacre, m'accrochant à l'espoir que cette étrange technique donne un résultat étonnamment réussi. Je me suis simplement retenue de pleurer, quand elle m'a montré le résultat (tu parles qu'aujourd'hui, on me fait ça dans un salon, je pète un scandale oui !). J'avais une "coupe de pouffe", comme on disait. Un genre de carré avec des queues de rat un peu partout, très à la mode à l'époque (enfin chez les pouffes).


Je me souviens être rentrée chez moi, avoir monté l'escalier quatre à quatre sans adresser un mot à ma mère, avoir attendu de fermer la porte de la salle de bain à double tour et EXPLOSÉ (ma mère me dirait sûrement aujourd'hui que je n'ai pas vraiment attendu d'avoir dignement fermé la porte).


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C'était LE drame. Sérieusement je pense n'avoir jamais piqué une colère pareille. Elle était loin l'époque où je me moquais de ma grand-mère quand elle me ratait la frange. J'avais perdu le goût de rire. Et ça mesdames et messieurs, C'EST une tragédie.



Cheveux courts vs Princesse Raiponce


J'ai presque toujours eu les cheveux longs. En fait c'est simple, je me les suis faite couper deux fois dans la vie. Enfin pas en tout hein, je parle, de manière significativement plus courte.


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La première vers mes douze ans. Un carré long qui effleure les épaules, ce qui était en soit un sacré changement quand on sait que je les avais dans le milieu du dos. Je me souviens vaguement que ça m'est plu, qu'on m'ait dit que ça m'allait bien. Mais bon. Voilà queuha.


ET la deuxième fois il y a deux ans, quand j'ai eu envie de changement, que cela me démangeait de quitter mon travail et de partir vivre dans un autre pays, et que des décolorations répétées sur les longueurs avaient clairement pourri mes beaux cheveux (que voulez-vous, on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs).


Comme je m'ennuyais dans ma petite vie étriquée, je me suis donc dit, pourquoi pas ? Après tout, "nouvelle coupe, nouvelle vie !", c'est bien connu. Je vais chez ma coiffeuse, triée sur le volet, à qui je faisais entièrement confiance et je lui dis :


"Ginette..."

(je change les noms, sait-on jamais qu'un jour ce blogue devienne célèbre, je me dois de protéger son identité)


(donc)


Ginette, je suis prête. Fais-moi un carré long !"

(= la coiffure des filles qui veulent se couper les cheveux mais qui prennent une marge de sécurité).


Alors là on peut imaginer un genre de halo briller autour de ma coiffeuse, honorée que sa cliente la plus flippée lui fasse confiance au point de lui retirer un bon 15-20 cm de touffe. On peut même l'imaginer posant un genou à terre, jurant solennellement : "Je ferai de mon mieux pour vous servir."



Je ressors du salon contente de moi avec ma nouvelle coupe toute belle, m'admirant discrètement dans les vitrines sur mon chemin. Je m'attends à des compliments dès que je vais me montrer, en mode "Oh mon Diieu, mais tu t'es coupée les cheveux !! Ça te va hy-per bien !" (la 2ème partie de la phrase étant primordiale pour que la phrase signifie que c'est un compliment).


Je dirais qu'autant mes amies ont joué leurs rôles de BFF et se sont extasiées sur ma coupe. Autant mon entourage proche... bah ils regrettaient mes cheveux longs bien raides de princesse Raiponse. Mon copain. Ma mère n'en parlons pas. Et mon père... Je me souviens de lui, me fixant d'un air septique, une mèche de mes cheveux entre ses doigts, me disant :


"Mmm... pas plus court, hein ?"

Non mais c'est quoi ce commentaire ?! La question n'était pas que cela m'aille ou non (parce qu'en soit la coupe ne changeait rien à mon visage), c'était qu'avant j'avais les cheveux LONGS, et qu'ils étaient devenu COURTS (encore une fois, je les avais aux épaules, je ne m'étais pas faite la boule à Z non plus). J'étais tellement énervée des grincements de dents, des jérémiades et critiques à peines déguisées liées à ma nouvelle coupe, que je n'ai vu qu'une chose à faire... retourner chez la coiffeuse, pour les couper ENCORE PLUS COURTS !


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Nouveau défilé dans la rue, avec un petit carré aérien qui bouge. Je me sens cool, belle. Fière d'avoir sauter le pas. Je rejoins mon copain dans une galerie marchande, enlève mon écharpe pour lui montrer ma nouvelle nouvelle coupe. Son sourire est... figé.


"Ah... Ah ouais. C'est marrant, on dirait une coupe de maman ! "

Booooon. Bah quand ça veut pas, ça veut pas... (m'en fout elle était géniale cette coupe)



La mode du crâne rasé


Les cheveux sont TOUT, sauf un sujet anodins pour les femmes. Je veux dire, à la fin de la 2nde guerre mondiale on a quand même tondu des femmes qualifiées de "collabo" juste pour les humilier publiquement, c'est pour dire la force de la symbolique que l'on donne à la chevelure féminine. Trois clampins auraient enfoncé la porte d'une maison pour dire à une femme :


"SORS ! On va te couper les ongles sur la place du marché DEVANT TOUT LE MONDE."

Je doute que ça aurait eu le même impact...


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Je ressens bien le poids de cette symbolique en arrière plan quand je me fais couper 20 cm de cheveux. Ça dérange, ça chagrine (et ça chouine). Aux yeux de certains je suis moins féminine, plus âgée... moins princesse Raiponce quoi.


C'est pourquoi je suis fa-sci-née par cette mode du crâne rasé qui court sur Youtube depuis quelques temps. Les raisons qui poussent ces femmes à se raser sont variées, mais globalement il y a une envie de sortir de sa zone de confort, de se libérer de ce symbole de féminité construit socialement et de se prouver que oui, "je suis fucking géniale et belle, même sans mes cheveux !" (et franchement, elles le sont)


Dans leur témoignage, elles parlent de sentiment de libération, d'une impression de reprise de contrôle sur leur image, et de l'empowering que cette expérience leur a procuré (ça et un genre de "OMG, qu'est-ce que je suis en train de faire ? OMG, et si j'étais en train de faire une connerie ?" quand elles ont la tondeuse en main qui je dois dire, est hilarant à regarder).


Allez hop, je vous mets deux de mes vidéos favorites car je ne sais pas vous mais moi ça me fait toujours du bien d'entendre des témoignages comme ça :






Mais alors les cheveux... c'est grave ou c'est pas grave ?


On ne va pas se mentir, les cheveux sont sur ta tête, c'est le premier truc que tu vois en passant devant un miroir. Bien sûr que si tu demandes une coupe dans un salon et que tu ressors avec un résultat qui ne te plaît pas, ça fait suer. Parce que c'est ta tronche quoi !!


Mais à observer ces femmes aux crânes nus, ce ne sont pas les cheveux longs qui font qu'on est féminine, séduisante, jeune. C'est plutôt une bonne dose de confiance en soi et de joie de vivre. Et oui. C'est vrai que ça repousse.


Aujourd'hui j'ai à nouveau les cheveux longs. Parce que j'ai envie. Parce que soyons honnêtes, les derniers mois où j'ai entretenu mon carré, c'était surtout pour faire chier mon entourage (mais que voulez-vous, j'aime faire chier), avant de quitter le pays pour de bon. Et parce qu'avec des hivers à - 20 au Québec, on n'a jamais assez de poils.


On ne change pas de vie avec une nouvelle coupe de cheveux. Ni de personnalité. Sinon il y a beaucoup de monde à qui on conseillerait d'aller chez le coiffeur.


Vive les cheveux sous toutes ses formes. Tant que ça n'est pas Britney qui vous a massacrées.


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