Les femmes sont-elles meilleures en amitié que les hommes ?


sex and the city carrie mange un cupcacke avec miranda

Un soir, prenant un cocktail avec mon copain (oui on adore se croire dans Mad Men), ce dernier m'annonce : "Au fait, j'ai vu Jean-Pierre cette semaine (bon il ne s'appelle pas Jean-Pierre, mais on va faire genre), il va se marier !"


Soulèvement de sourcil, je fais tourner les glaçons dans mon verre. C'est que ça ne fait pas longtemps qu'il est avec sa copine, le Jean-Pierre ! Alors je questionne, suspicieuse (#grossecommère). Est-ce une décision qu'ils ont pris ensemble ? L'a-t-il demandé en mariage ? Si oui, comment ? Était-ce romantique, loufoque, glissé après un "Chérie tu m'passes le sel ?". Oh mon dieu, EST-ELLE ENCEINTE ?? (ok, #grosseGROSSEcommère)


Haussement d'épaules, mon compagnon de cocktail me dévisage avec l'oeil vide du poisson carpe. "Baaah, ché pas." M'enfin, comme ose-t-il me rapporter une information aussi croustillante en omettant de récolter les petits détails qui font le sel, le petit piquant des histoires ? À quoi bon faire des réunions cocktails s'il ne me rapporte que la moitié des infos, merde !


Je rétorque, moqueuse : "Comment tu peux poser si peu de questions quand un de tes meilleurs amis t'annonce une nouvelle aussi importante ? Enfin le gars va se marier quand même, il n'a pas changé de club de sport ! Vous vous êtes dit quoi au final ? Hey gros, je vais me marier. Ah ? Ok, cool. Cool." Il rit, reconnaissant que je ne suis pas loin du compte.


Cette anecdote vient soulever chez moi une idée reçue qui a longtemps végété dans mon esprit, tapie dans les méandres de mon inconscient mais ô combien ancrée : on serait-y pas meilleures en amitié, nous les femmes ?




Les femmes, spécialistes de l'intime et les hommes, Cro-Magnons de l'introspection



C'est bien connu, nous les femmes sommes éduquées dès notre tendre enfance à exprimer nos émotions avec un vocabulaire aussi riche qu'un eskimo en a pour désigner un flocon de neige (ce qui est une grosse légende urbaine apparemment, il n'existerait en réalité qu'une dizaine de mots en inuit pour désigner la neige).


Intronisées par la société comme "spécialistes de l'intime", nous sommes valorisées et encouragées à nous ouvrir à nos camarades d'infortune pour partager nos tracas du quotidien et nos pires tourments, le tout sans craindre d'être jugées (en même temps quand on creuse, on s'aperçoit vite qu'on vit toutes les mêmes moments de solitude).



Temples de la vie, gardiennes de la nature, nous sommes des fées connectées à nos émotions les plus profondes (en fait ça s'appelle le syndrome prémenstruel, m'enfin on en parlera dans un autre article). Nous bavassons autour d'une tasse de thé, grignotant quelques macarons en partageant nos états d'âme concernant nos amours, nos rêves les plus fous et nos désirs inavoués.


Et les hommes ? Admettons-le, hormis le foot, la bière et l'argent, de quoi pourraient-ils bien parler avec cette coquille vide qui leur sert de cœur ? Mouarf mouarf mouarf. Selon notre oppresseur bien aimé, j'ai nommé le patriarcat, les hommes ne doivent JAMAIS se montrer vulnérables, et limiter leur vocabulaire à : J'ai faim. J'ai froid. Je suis en colère.


Un ptit coup au moral ? Bien mal leur en prendrait d'en parler à un ami. Non non, si ça ne va pas, pars t'enfermer dans ta grotte ou noie-toi sous une tonne de travail, mais ne t'avise pas de dire réellement ce qui se passe dans ta vie ! Il faut que tu remontes la pente seul, comme un homme, un vrai, même si ça veut dire que tu pleureras en secret tous les matins dans ta voiture avant d'aller au travail...



Sommes-nous si cliché en matière d'amitié ?



Pas si sûr, mes chères consœurs ! Dans une étude sur l'amitié selon les genres, la sociologue Karen Walker démontre à l'aide de nombreux entretiens qu'entre la manière dont les gens perçoivent leurs amitiés et ce qu'ils partagent vraiment avec leurs ami.es, il y a parfois un large fossé.



Aussi, si nous sommes socialement encouragés à percevoir que nous parlons de sujets plus ou moins intimes selon notre genre, dans les faits, la sociologue remarque dans ses entrevues que les hommes peuvent parler entre eux de sujets drôlement intimes sans s'en rendre compte (problèmes de couple, de famille, sentiments...). De même, certaines femmes du panel ont révélé à travers leurs récits qu'elle pouvait adopter des comportements dit "non genrés" comme fréquenter des amies dans le cadre d'activités sportives, ou y aller mollo sur le partage d'informations concernant leur vie privée.


En bref, si l'on considère spontanément que nos amitiés correspondent bien aux stéréotypes du genre auquel on s'identifie, à savoir que les femmes partageraient tout et les hommes rien, on oublie souvent d'examiner la diversité des ami.es que l'on a dans notre entourage, et de quoi on cause vraiment avec eux.


Ce qui est également drôle à savoir, c'est qu'au même titre que le rose n'a pas toujours été la couleur des filles et le bleu, des garçons, et bien on a longtemps valorisé l'amitié entre hommes comme "noble", et considéré les femmes comme incapables de loyauté entre elles (les grosses fourbes quoi). Ce ne serait qu'à partir de la seconde vague du féminisme qu'on aurait valorisé l'amitié extraordinaire entre femmes (en mode "Beeeh non regardez, on se refile des tampons dans les toilettes, si c'est pas de l'amitié je ne m'appelle plus Ginette !").




Fait que... les hommes sont capables d'exprimer leurs émotions ?



Quand j'y réfléchis, j'arrive assez facilement à penser à des hommes dans mon entourage qui parlent de trucs intimes avec leurs copains (et qui m'ont tout répété ensuite, mais on ne juge pas, au contraire on adoooore !). Et de même, j'ai des amies avec lesquelles je ne parle pas forcément de ma vie, de mes soucis du quotidien, mais que je retrouve surtout pour faire une activité.


En somme, les stéréotypes ne sont JAMAIS complètement représentatifs de la diversité de nos amitiés et de nos comportements (et c'est d'ailleurs pour cela qu'on appelle ça : un stéréotype).


L'embêtant avec cette aveuglement partiel là, à se dire qu'on est sûrement plus doué à parler sentiments selon la tuyauterie qu'on a reçu à la naissance, c'est qu'encore une fois on est encouragé à charger la mule des femmes, cette fois-ci avec la bien nommée CHARGE ÉMOTIONNELLE. En effet, qui doit tirer les vers du nez de son chéri quand ça ne va pas , qui doit gérer les émotions des enfants sous prétexte que de toute façon, elles ont été mieux éduquées pour ça ? Bah NOUS, les fées des bois !! Alors qu'on le voit là, que les hommes sont capables ! (n'essayez pas de nous embrouiller)



Alors arrêtons de penser que parce qu'on est une femme, on est FORCÉMENT hyyyper bonnes à se confier et à parler sentiments, et que si l'on est un homme on n'est bon qu'à se regarder dans le blanc des yeux. Il n'y a qu'à regarder Occupation Double (téléréalité québécoise) pour constater que les hommes sont touuut à fait capable de parler relations amoureuses et sentiment toute la sainte journée.



Tout ça pour dire...que ?



ET BIEN tout ça pour dire, que QUAND ton meilleur ami t'annonce qu'il va se marier autour d'un verre, comme ça là avec un air faussement détaché, alors qu'en fait il t'a proposé de vous voir uniquement pour t'annoncer ça, que c'est quand même pas COMPLIQUÉ de lui poser deux ou trois questions plus personnelles, sur le ton de la confidence, pour ENSUITE venir tout me répéter ?? Si ?? MERDE !