Les métiers du social, ces jobs de femme qui ne paient pas


paige de la série charmed travaille à son bureau

Tu te souviens de la série Charmed ? A ma connaissance, Paige est la seule héroïne que j'ai jamais vu travailler dans le social (malgré un agenda déjà bien chargé avec la chasse aux démons). Si mes souvenirs sont bons, elle décide finalement de lâcher sa job pour se consacrer à temps plein à sa carrière de sorcière. Concocter des potions et se téléporter aux quatre coins du monde est apparemment plus épanouissant que de lutter contre les injustices sociales en remplissant des annuaires de paperasse.


Comprends pô. Je veux dire c'est quand même le pied de faire un travail que la société juge "facile" parce que t'es dans l'humain, de gagner moitié moins que les hommes de ton entourage qui ont pourtant fait moins d'études que toi, et d'être constamment surchargée de travail, faute d'effectifs suffisants parce qu'il y a ENCORE eu des coupures budgétaires.


...


Non ?



Et encore, et ENCORE, Paige n'a pas connu la Covid ! Elle n'a pas connu les problématiques liées à une pandémie mondiale, comme les enjeux de la fracture numérique (quand ton public n'a pas de quoi se payer un ordinateur alors que tu dois les rencontrer en visio), la précarité liée à un marché du travail plus difficile ou encore de la santé mentale qui s'effrite comme un château de sable après avoir passé un an enfermé chez soi.


Pfff, en fait la chasse aux démons, c'est du pipi de chat comparé à ce à quoi les travailleur.se.s du social sont confronté.e.s depuis un an. De la RI-GO-LADE. Et puis je dis travailleur.se.s, mais on est d'accord que l'on parle surtout de travaillEUSES. Alors aujourd'hui, je veux rendre hommage aux femmes qui se cassent le cul à essayer d'aider leurs prochains.


Travailler dans le social, ce n'est pas assez reconnu.



First, travailler avec de l'humain, c'est po facile



Travailler dans le relationnel, la communication et l'empathie, va savoir pourquoi mais les gens ont souvent l'impression que c'est facile, quelque chose que n'importe qui pourrait faire. Après tout, t'es un humain, je suis une humaine... Je vois un terrain commun, là ! Nous n'avons qu'à nous PARLER pour nous comprendre, bla bla bla, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes, n'est-ce pas ?


En plus ça tombe bien, les jobs du social sont trèèès largement occupés par des femmes. La vie est bien faite ! C'est naturel chez elles, de prendre soin des autres ! Pfff, ces études à rallonge qu'elles font à l'université, c'est vraiment pour faire plaisir aux parents. On s'entend qu'il n'y a pas besoin de diplôme pour travailler avec des jeunes des quartiers défavorisés, des chômeur.ses et des personnes âgées !



ET BEIN NON, FIGURE-TOI QUE TRAVAILLER AVEC DES GENS, C'EST SUPER DUR !!


Je crois que tant qu'on n'y est pas confronté, on ne s'imagine pas VRAIMENT les trésors d'ingéniosité et le niveau de compétences que ça prend, pour travailler avec les gens. Des gens qui sont souvent peu coopératifs, auto-saboteurs, poqués par la vie et avec un champs de vision extrêêêêmement restreint ce qu'ils et elles pourraient faire de leurs avenir (alors que toi tu vois tout ce POTENTIEL, LÔ, ces capacités qu'on pourrait leur faire développer si il ou elle voulait bien t'écouter DEUX MINUTES !!).


Des fois, ça m'est arrivé de me retrouver face à des clients où je me sentais vraiment dans une impasse, à court d'idées pour les faire avancer dans leur cheminement. J'avais besoin, à la "Qui veut gagner des millions", d'appeler une amie parce que toute seule, je ne savais plus DU TOUT quoi faire. Alors dans ces cas-là bah, tu vas toquer à la porte d'une collègue ou d'une responsable de service pour brainstormer quelques minutes, ton ptit thé à la main, et ô magie, tu repars avec de nouvelles pistes d'intervention auxquelles tu n'aurais JAMAIS pensé seule. Et pas besoin de Livre des Ombres. Ça s'appelle l'expérience !



Qu'on se le dise, les gens, c'est fucking compliqué. Ils ont leur propre manière de voir les choses, ils sont rarement d'accord avec toi, et en PLUS ils ont cette bêtise d'invention qu'on appelle le "libre arbitre", qui fait qu'ils font UNIQUEMENT ce qu'ils veulent !! (et spoiler alert, c'est rarement en adéquation avec ce que TU veux).


Se dire que travailler dans le social, ce n'est pas plus compliqué que de parler d'humain à humain, ce serait comme dire à une marathonienne que faire une course de 40 km, c'est à la portée de n'importe quelle personne dotée d'une paire de jambes et d'un système cardiorespiratoire. Je n'ai qu'à me rappeler de la dernière fois où j'ai voulu courir après un bus sur le départ pour m'étouffer dans un rire jaune.


Jte le dis moi. C'est po tout le monde qui peut faire dans le social.



C'est dommage, parce que ce n'est pas DU TOUT reconnu comme secteur



Je pense que je n'apprends rien à personne, travailler dans le social, ça ne paye pas. Mais alors, vraiiiiment pas. Ceci dit, ce n'est pas faute d'avoir été prévenue, à l'université durant mes études en psychologie, nos professeurs nous disaient : "Ne faites pas ce métier pour l'argent, vous serez mal payées toute votre vie !!" (oui, ils savaient trouver les mots pour nous motiver).


Quand je regarde les hommes de mon entourage, tous gagnent au minimum le double de mon salaire, à jeter l'argent par les fenêtres comme des millionnaires en achetant du ketchup de marque sur l'étagère à hauteur des yeux du supermarché, ou en se payant des abonnements à des salles de sport super fancy... Après, quand tu fais sans cesse des squats pour attraper des sous-marques, a-t-on vraiiiiment besoin d'une salle de sport ?



Alors certains me diront sur un ton savant : "Pauliiine, tu sais, l'argent ne fait PAS le bonheur !"


Ces gens-là n'achètent pas le ketchup de sous-marque.


Plus sérieusement, non l'argent ne fait pas le bonheur, mais dans une société où les écarts de classe se creusent de plus en plus, il n'empêche que l'argent est un vecteur de reconnaissance et de qualité de vie non négligeable.


Le manque de moyens, de matériels ou d'effectifs pour faire correctement ton travail contribue également à te faire comprendre que pour le gouvernement (parce que les fonds sont souvent publiques), ton secteur est vraiment la cinquième roue du carrosse. Et si tu doutes encore, il n'y a qu'à regarder le plafond de la bâtisse de ton travail dont un morceau est ENCORE tombé ce matin "parce qu'il a trop plu cette nuit" pour en être convaincue.


Bref, il y a des jours où sérieusement, tu te demandes ce que tu fous là. Nan parce qu'il n'y a qu'à le dire à la fin, si on dérange.



Moi au moins, je fais un métier UTILE !



T'as entendu parler du concept du bullshit job ? C'est le boulot à la con, le poste qui ne sert tellement à rien que même l'employé.e qui l'occupe est conscient.e de l'inutilité de son travail.



Dans le social, point de problème de ce côté-là. Tu le vois de manière évidente, que ta job est utile. Tu rencontres des gens, tu les aides, tu les vois aller et des mois plus tard, tu reçois des courriels te remerciant de ce que tu as fait pour eux et te disant que tu as vraiment changé leurs vies...


Nan mais QUAND MÊME ! Tu reçois des mots des gens, qui te disent que t'as changé leurs vies !! (dans ces moments-là ta voix intérieure passe temporairement de "chui qu'une maaaarde" à "hen... chui pas pire en fait !")


Honnêtement c'est LA raison pour laquelle il y a encore des gens dans ce secteur. Pace que tu sais pourquoi tu te lèves le matin. Même si t'es crevée. Qu'il te faut trois cafés. Que ton dos est bloqué parce que t'avais pas les sous pour acheter un fauteuil de travail digne de ce nom chez toi, et que la mutuelle de ton travail, elle couvre po l'osthéo.


Parce que tu l'aimes ta job. Même si t'as conscience qu'un jour, elle pourrait avoir ta peau. Et en fait, c'est ça le problème. Si tu ne fais pas gaffe, ta job aura ta peau.




Préserve toé, préserve toé



On se le chuchote entre collègues, comme si c'était un secret à se passer.


Pssst : Fais attention à toi. Mets tes limites.

Travailler dans le social, c'est un puit sans fond. Il y a toujours beaucoup de travail, toujours peu de ressources, et beaucoup (trop) d'attentes qui reposent sur les épaules des professionnelles. Si tu n'y prends pas gare, tu peux vite tomber dans le puit.


Alors souvent pour dédramatiser et se rappeler que hey, ce n'est qu'un travail, on plaisante, on s'auto-fiche de nous (bon je ne te cache pas que des fois on pleure aussi, mais on revient vite à l'autodérision). L'humour est le MEILLEUR anxiolytique que je connaisse. Enfin, à part peut-être les vrais anxiolytiques. Et le gin. Mais je vous le déconseille sur le lieu de travail, on a encore eu un accident de chaise de bureau l'autre jour...


Pour apporter un peu de paillettes dans vos vies, je voulais vous parler d'une page facebook que j'ADOOORE et qui me fait énormément rire : "Organisation structurelle coconstruite de lo praticienxe réflexixe"


Cette page parle avec moultes sarcasmes du quotidien des intervenant.e.s psychosociaux au Québec, et sérieusement je ris TOUS les jours en la consultant. Voici notamment un "guide de l'autosoin" revu et corrigé, que je me DEVAIS de vous partager. À suivre rigoureusement.


guide d'autosoin de la page facebook OrgStruCo

Je ne sais pas bien comment finir cet article, si ce n'est en disant que j'envoie une tonne d'amour et de soutien à toutes les femmes qui font des métiers po faciles (je sais, vous vous en foutez de mon amour et vous préfèreriez une enveloppe pleine de cash pour payer vos factures, et puis un spa avec des mojitos).


Tenez bon ! Parce que euh... bah soyons clairvoyantes, ça risque d'être la marde encore un bon moment.


A bientôt pour un nouvel article ! ;-)

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