Les réseaux sociaux aident-ils vraiment le féminisme ?


femmes prendre photo avec téléphone réseaux sociaux

Ces dernières années, j'ai vu passer des posts sur les réseaux sociaux parlant de Digital Detox. Comme quoi les gens seraient rendus accro à leurs applications, et qu'ils auraient carrément besoin de faire une cure de désintoxication à la Lindsay Lohan pour s'en défaire (désolée pour la référence, Lindsay). Je ne me suis jamais sentie concernée le moins du monde, et j'avoue même m'être un peu (beaucoup) moquée de ces gens. "Bein là, ils ne sont pas capables de poser leurs portables deux minutes ? Hey, get a liiiife !"


Fait que dimanche soir 21h, je zone sur Netflix en me demandant ce que je pourrais bien regarder avant d'aller me coucher. Un truc léger de préférence (une fois j'ai essayé "Don't Fuck with cat" sur un serial killer, je n'ai pas osé aller aux toilettes de la nuit). Et oh, mais que vois-je ? Un documentaire sur les réseaux sociaux !



Check de bande annonce. Des interviews de professionnel.les ayant travaillé chez Facebook, Instagram, Google... Crédibilité au top, phrases chocs comme on les aime... Mais ça m'a l'air très intéressant tout ça ! Allez zou. En avant guingamp.


Et alors comment te dire... Disons qu'une heure plus tard, tu me retrouvais en PLS dans mon canapé après avoir mis mon téléphone au congélateur. Je n'avais JAMAIS vu les choses comme ça !!




De base, je suis une quiche en réseaux sociaux



Je n'ai jamais été le genre de personne accro aux réseaux sociaux. En mode le téléphone greffé à la main, qui si elle n'a plus de batterie ou qu'elle oublie son portable chez elle, panique comme si elle avait perdu son portefeuille (bien que sans Google Map, il soit fort probable que tu me retrouves à 2h du mat' à errer comme une perdue à 10 km de chez moi). Pour ma part, hormis me distraire vaguement quand je suis dans le métro ou en train de faire la file quelque part, ça n'occupait pas une grande place dans ma vie quoi.


Enfin, hum... jusqu'à ce que j'ai un blog.


Beh oui, depuis que j'ai créé les Moeufs au Plat, forcément je suis plus active. Pour échanger avec des femmes détenant des comptes similaires aux miens, faire des posts pour donner de la visibilité à mon blog, et puis pour m'informer régulièrement des dernières actualités féministes (oui parce que faut pas compter sur la TV française pour t'informer de ce qu'il se passe dans le monde pour les femmes...).



Personnellement, j'ai vu beaucoup d'avantages à être davantage connectée sur les réseaux sociaux. C'est un espace où les femmes peuvent s'exprimer librement (enfin, sauf si tu postes une photo de tes tétons), se connecter entre elles et faire entendre leurs voix pour militer en faveur du féminisme. Et puis moi, qu'on me balance de la pub ci et là, je m'en fiche après tout, ce n'est pas bien différent de la TV ou de la radio. Même mes données, tu peux les prendre gars... C'est cadeau.


Et pourtant… Force est de reconnaître, si je suis un brin honnête avec moi-même, que ces plateformes ont bel et bien fini par avoir une influence négative sur moi. M'aident-elles vraiment dans ma quête absolue du féminisme ?



Les likes, pire qu'une machine à sous



Ah bah c'est bien fait leur bazar ! Tu postes un truc sur Instagram, et toute la journée tu as des coeurs et des compliments qui apparaissent. Une véritable validation sociale de ta personne qui tient dans ta poche ! Et il ne faut pas croire, ce sont des gars super formés qui se sont penchés sur le sujet :


"Mmm, comment pourrait-on faire en sorte qu'elle reste le plus longtemps possible sur l'application pour qu'elle voit nos pubs ? Bah tiens, on va commencer par la flatter en lui donnant le sentiment qu'elle est récompensée pour ce qu'elle dit, ça lui fera un petit shoot de dopamine. Avec ça elle ne va plus se passer de nous ! Mouarf mouarf... Hey Bryan, tu me ressers du café ?"



Alors ça ne paye pas de mine comme ça. C'est ludique, c'est fun. Mais pendant un moment, dès que je postais quelque chose, moi, la fille qui n'en avait rien à foutre de son portable, je n'avais plus qu'une envie, regarder mon téléphone toutes les heures pour voir si j'avais plus de likes. Par curiosité, par amusement. Jusqu'à ce qu'au bout de quelques mois, je ne sois même plus capable de regarder un film entier sans checker au moins une fois mon portable.


Sans me voir glisser, j'étais quand même rendue UN PEU accro ! (mais là avec le téléphone dans le freezer, ça va hein)



Je deviens choquée qu'on ne soit pas de mon avis



Alors ça, c'est un problème, et cela fait partie des raisons qui font que sur certains aspects, les réseaux sociaux n'aident sans doute pas le féminisme.


Je deviens TELLEMENT habituée à voir les actualités sous le prisme du féminisme, que lorsque dans la vraie vie je me heurte à quelqu'un qui n'est pas de mon avis, je ne comprends plus. Bon, je ne comprenais pas beaucoup avant non plus, mais là disons que je me sens vraiment démunie pour établir le dialogue. Je me dis "Bah là, il est con ou il le fait exprès ? C'est pourtant d'une ÉVIDENCE, gars !".


Sauf que si je jetais un oeil au fil d'actualités de son téléphone à ce monsieur, formaté selon SES goûts, on parie combien qu'on y trouverait des articles parlant des mêmes sujets, mais traités sous un angle totalement différent, et que des milliers de gens auraient également liké ? Ce qui fait que lui aussi, pense sans doute que je suis conne de ne pas penser comme lui (c'est même sûr, t'as vu la tronche qu'il tire ?). Et je ne peux pas lui en vouloir de penser comme ça.



Et oui, les ptits gars de la Silicone Valley ont bien bossé leurs algorithmes ! Ils savent qu'ils nous garderont plus longtemps sur nos téléphones en nous inondant de posts vers lequel nous avons un penchant naturel (et pendant ce temps-là, vas-y que je te balance de la pub entre deux posts).


Or moi, à ne me montrer que des avis qui me confortent dans ma position, ça me donne le sentiment qu'il n'y a plus qu'un point de vue valable, le mien (ça n'arrange pas mon égo, tiens). Je deviens de moins en moins capable d'envisager qu'on puisse percevoir une situation différemment, et encore moins d'en discuter sans me sentir profondément et personnellement attaquée.


Et c'est bien dommage, car on ne va pas faire avancer le schmilblick si nous ne sommes plus capables de nous parler calmement ! (ou de nous parler tout court)



Le féminisme sur les réseaux sociaux, des fois, ça me déprime



Parfois, à suivre des comptes féministes, j'ai le cafard. Bah ouais parce que malheureusement, le statut des femmes dans le monde, aux dernières nouvelles ce n'est pas jojo ! Et même si j'ai très à coeur de me tenir informée des actualités, quand tu en es rendue au 5ème compte qui te poste la MÊME info comme quoi il y a tel féminicide en masse dans telle région du monde, pfff... Comment dire ? C'est comme le fait d'être mortelle tu vois. Je le sais, c'est une information manifestement TRÈS importante, mais ai-je besoin pour ma santé mentale de voir cette information en boucle dix fois dans la journée ?



Or, ce n'est pas un hasard que je vois CES posts en premier plutôt que ceux qui parlent de choses positives (oui dans le féminisme, on ne parle pas QUE d'excision, de viol et de charge mentale. Si si, je t'assure !). Ce sont les petits cocos de la Silicon Valley qui sont encore passés par là, les coquinous !


Les posts qui jouent sur nos émotions, et particulièrement la colère, sont de vrais posts "pute à clique" (j'adore cette expression, pas toi ?). Ils captent notre attention, nous touchent et nous poussent à laisser des commentaires, ce qui fait que nous recevrons une notification à chaque fois que quelqu'un nous répondra. Encore une fois, une superbe façon de nous garder en ligne !


Les algorithmes sont faits pour nous soumettre des posts qui sont susceptibles de venir nous chercher dans nos valeurs en premier. Que l'info soit vraie, exagérée, ou totalement fausse (alors là, c'est le cadet de ses soucis). Ce qui fait qu'après avoir consulter ton fil d'actualités, tu as plus de chance de te retrouver sous la couette à bouffer un pot de Ben & Jerrys en te lamentant "Pourquoi ?" plutôt qu'à danser la java chez Paulette.


Et à partir du moment où l'on comprend comment te faire réagir, cela devient trèèès intéressant pour te cibler dans le cadre de campagnes politiques... Tu me suis ?




Tu vas rester à ta place de machine !



Bon... Kekon fait du coup ? Nan parce que le téléphone dans le congél' ça va bien cinq minutes, mais j'en ai besoin quand même...


Voici quelques conseils que les intervenant.e.s du documentaire suggèrent pour ne pas être esclave de son téléphone, et que je ne trouve pas cons du tout :

  • Désinstaller les notifications de son cellulaire (fait depuis longtemps, j'avais besoin de rappeler à mon téléphone qui c'était la patronne).

  • Enlever les applications inutiles, et mettre les réseaux sociaux sur la 2ème page du téléphone (testé et approuvé, c'est tout con mais ça marche).

  • Vérifier les faits avec quelques recherches Google avant d'en parler à tord et à travers (peut pas faire de mal).

  • Si tu sens qu'un post vient te chercher dans tes émotions, c'est fait pour et ça devrait t'alerter (le fameux article "pute à clique" dans lequel il ne faut pas sauter à pieds joints comme une veuve éplorée)

  • Sortir les appareils digitaux de la chambre quelques temps avant d'aller se coucher (et éviter que le fait de consulter ton feed Facebook/Instagram/Twitter soit ton premier geste du matin. Un peu de dignité.)

  • Si tu as un ado, ils conseillent d'autoriser l'usage à partir de 16 ans seulement (l'adolescence est assez dure comme ça). Et de discuter ouvertement avec l'ado du temps qu'il ou elle penserait raisonnable de passer sur les réseaux par jour. Ouais parce qu'en fait ils ne sont pas si cons à cet âge. Il y a des chances pour qu'ils répondent quelque chose de tout à fait censé.

  • Arrêter les réseaux sociaux. Alors oui, c'est plus radical. Mais au moins, on ne t'emmerdera plus.


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