Prisonnière sous le même toit que ses enfants


monstre effrayé par une enfant

J'ai d'abord hésité à titrer ce billet "La charge mentale des mères durant le confinement" maiiis celui-ci me semblait plus parlant !


Personnellement, le confinement se passe relativement bien. Je suis en télétravail, j'ai un appartement décent, un vélo pour effectuer mes rares déplacements, et je me permets même une petite bière de temps à autres avec des amies dans un des nombreux parcs de Montréal. Je fais ma vie quoi. Pas de quoi me plaindre...


Ah oui. Et je n'ai pas d'enfant. Hein ? Fallait le dire tout de suite ? Ça change tout vous dîtes ?



Mes collègues mères de famille, les Shiva des temps modernes



Ce qui est drôle avec le télétravail, c'est que les réunions d'équipe en visio conférence nous permettent vraiment de rentrer dans l'intimité des vies de nos collègues. On découvre les intérieurs, des visages démaquillés, des tenues plus cosy...





Un matin en visioconférence, ma collègue me demande un instant car son fils de deux ans la réclame. "Son dessin animé est terminé" me dit-elle. Elle le prend sur ses jambes, redresse un peu la caméra, et soulève son pull pour lui donner le sein. Pendant ce temps, elle reprend notre conversation et de sa main valide, attrape la télécommande posée à côté d'elle pour reprogrammer la télé, son fils braillant entre deux tétés, avant de chercher le fichier que je lui demandais sur son ordinateur. Je ne peux m'empêcher de rire devant l'énormité de la situation. Elle me donne l'impression d'avoir quatre bras, tant elle fait de choses. "Tu veux qu'on se rappelle dans cinq minutes ?" je lui demande. "Non non !" m'assure-t-elle. "J'ai tout en main".


Et le festival continue. Une collègue qui aide ses enfants à faire leur devoir en même temps qu'elle assiste à notre réunion d'équipe. Une autre qui se fait copieusement frapper par sa fille de un an (tout à fait normal à cet âge selon mes collègues) pendant qu'elle tente de la garder sur ses genoux durant une autre réunion. Une dernière qui doit interrompre un meeting avec des clients car sa fille hurle nue dans le salon "qu'elle a fait caca et qu'il faut l'essuyer" (#momentdesolitude) (inutile de dire que lorsqu'elle me l'a raconté j'ai explosé de rire).


Mes collègues mères de famille compatissent, hochant la tête devant cette situation qu'elle juge banale, tandis que derrière mon écran, je suis partagée entre l'admiration, de l'amusement certes, mais aussi une pointe d'horreur.





Je suis déjà fatiguée à la fin de la journée en ne m'étant occupée "que" de moi-même (en grosse égoïste que je suis), alors comment font-elles pour arriver au bout de leur semaine EN VIE ? Ont-elles des super pouvoirs fournis à la maternité en repartant avec leur bébé ? Se font-elles un rail de cocaïne le matin dans la salle de bain sur le bord de l'évier, le café encore chaud posé à côté ? Une chinoise réduite en esclavage planquée à la cave comme dans Desperate Housewives ? Enfin, quel est leur secret ?



Ah non, en fait ce sont des femmes comme vous et moi



Au bout de deux mois de confinement, ce rythme de dingue a finalement raison de la plupart de mes collègues parents. Tout compte fait, elles ne semblent pas avoir de supers pouvoirs (ou être à court de cocaïne). Elles n'ont juste pas le choix, captives de leurs propres enfants sous leur toit. La plupart ont un conjoint qui travaille à l'extérieur, l'impossibilité de se reposer sur de la famille pour les aider. Elles sont vraiment seules.





Elles qui m'ont sermonnée à de nombreuses reprises sur mon refus d'avoir des enfants, j'avoue que je suis tentée l'espace d'une seconde de leur retourner la monnaie de leur pièce ; moi qui peux faire des grasses matinées, prendre des bains de deux heures ou m'enfiler les trois saisons de la Casa de Papel sur mon canapé sans autre interruption qu'un aller-retour au congel' pour sortir le pot de glace (ou aller aux toilettes, of course, je ne suis pas surhumaine moi non plus !).


L'envie de dire "HA HA ! ON FAIT MOINS LES MALINES MAINTENANT ?"


Mais évidemment, je ne l'ai pas fait. Parce que, bah, je ne suis pas une connasse tout de même. Enfin, ça m'arrive mais pas là quoi, ce serait vache de frapper une femme déjà à terre. Bien entendu, on évite de frapper une femme tout court. BON, JE M'EMBROUILLE !



La culpabilité de ne pas aimer être avec ses enfants 24h/24



Un jour au parc, en train de siroter une bière pendant que les enfants jouent, une amie me confie : "J'en peux plus tu sais. Je me déteste de dire ça, mais des fois je ne la supporte plus (sa fille). C'est bête à dire mais je n'avais pas signé pour l'avoir 24h/24. Je devais pouvoir aller travailler, la mettre à la garderie... qu'il y ait d'autres gens qui prennent le relais quoi ! Je suis une femme aussi, pas qu'une mère à temps plein. Je suis horrible de dire ça ?"


Well... HELL NO SISTER !!


Personnellement, qu'on me dise que lorsqu'un mini humain te hurle dessus pendant une heure parce qu'il pète sa crise, tu ressentes l'envie de l'étouffer sous un oreiller ou de le jeter par la fenêtre, je trouve cela plutôt rassurant (enfin, tant que le parent ne passe pas à l'acte, bien sûr bien sûr).




Derrière les "oh mais arrête, il est mignon quand même !", les "c'est un enfant, c'est normal qu'il fasse des caprices de temps en temps" et les "je n'ai pas fait une nuit complète depuis deux ans mais j'adore la parentalité !", peut-on enfin reconnaître que les enfants sont des êtres humains à part entière POUVANT être chiants voir insupportables sans avoir à s'excuser de le penser ?


Et que devoir se les coltiner confinés sous le même toit 24h/24, tout en continuant de travailler qui plus est, est une définition tout à fait réaliste de l'enfer sur Terre ?



Je suis de tout coeur avec toi... mais n'insiste pas, je ne viendrai pas faire du baby sitting.



Je serais extrêmement mal placée pour donner des conseils en matière de parentalité, étant moi-même sans enfants. Alors je n'aurai qu'un message d'amour à faire passer pour la fin de ce billet :


Courage à toutes les femmes qui ont une casquette de mère.


Si votre enfant vous tape sur le système, c'est normal, c'est un enfant. Vous avez toute mon admiration et ma sympathie de lui permettre de rester en vie chaque jour que Dieu fait.


Si votre compagnon est présent, peut-être est-il temps de s'assurer que les tâches ménagères et de parentalité soient équitablement réparties, sous peine que lui aussi finisse étouffé sous un oreiller (faites-le durant son sommeil, il se débattra plus qu'un enfant).


La télé c'est correct, les pizzas surgelées aussi.


Dîtes-vous que quand vous serez vieilles, ce sera votre tour de mettre la misère à vos enfants en hurlant parce que votre émission est terminée, ou en courant toute nue dans le salon car vous avez fait caca et qu'il faut vous essuyer.


Avec toute mon affection,


Les Oeufs au Plat