Quel est votre rapport aux règles, très chère ?


culotte serviette hygiénique règles

J'étais très en colère quand j'ai eu mes premières règles. Ça avait comme un goût d'injustice, de subir ce désagrément tous les mois sans qu'on m'ait rien demandé. D'ailleurs, je pense avoir fait la gueule à ma mère toute la semaine, après qu'elle m'ait confirmé que oui, effectivement, j'avais mes règles et que oui, j'y aurai droit pendant les quarante prochaines années de ma vie (on tire toujours sur le messager).


Pourtant j'avais vu la théorie, je savais grosso modo ce qui m'attendait. J'étais même relativement curieuse de voir comment ça allait se passer cette histoire. Après tout, mes copines semblaient toutes avoir hâtes que ça leur arrive. Mais étrangement, l'engouement est vite retombé quand on est toutes devenues réglées ! (Dieu que c'est étrange...)



Les règles, ce secret honteux


J'ai grandi à une époque et dans une famille où avoir ses règles était un secret de femme.


Tu planques tes tampons. Tu chuchotes honteusement à une copine pour lui demander si elle n'en a pas "un" car les anglais ont débarqué plus tôt que prévu, et elle te le refile aussi discrètement que si on s'échangeait un paquet de coke. Tu utilises des expressions stupides pour signaler le fait que tu ne peux pas te baigner ou que tu as mal au bide, parce que les règles c'est un peu le Voldemort du monde des femmes, celui dont on ne doit pas prononcer le nom.


gif

Je me souviens une fois avoir refusé un cachet d'aspirine à mon père pour soulager une migraine (on m'avait expliqué que ça fluidifiait le sang alors dans ma tête d'ado j'avais peur de faire une hémorragie mortelle). J'ai mis plus d'une demi heure à lui confier que je préférais un paracétamol parce que j'avais mes règles. Comme si j'avais été une agente infiltrée qu'on aurait cuisinée pendant des heures avant d'avouer enfin ma véritable identité : "J'avoue, J'AVOUE ! JE NE SUIS PLUS UNE ENFANT PAPA, JE SUIS UNE FEMME. ET J'AI MES RÈÈÈGLES !".


Quand j'ai emménagé avec mon copain, je me suis demandée où j'allais planquer mes tampons dans les toilettes pour qu'il ne les voit pas. Dans une boîte ? Derrière les toilettes ? (et pourquoi pas dans un sachet étanche à l'intérieur du réservoir de la chasse d'eau tant qu'on y est ?). Les soirs de règles, je disais que je n'avais pas envie de sexe car je traversais ma période d'abstinence (Voldemort, le retour).


Pourquoi en fait-on un truc aussi honteux ? Qu'on veuille des enfants ou non, c'est tout de même la preuve mensuelle que l'on est capable de donner la vie ! LA VIE ! On est des putains de déesses quand même ! Je veux dire, plutôt que d'être shamées, on devrait au contraire être vénérées, je dirais même, avoir des privilèges sur cette période du mois !


gif

"Tu me demandes si tu peux faire du télétravail pour écrire ce rapport en survêtements, une bouillotte sur le ventre afin de mieux supporter ta première journée de règle tout en maintenant ta productivité ? Mais bien entendu Véronique, ça tombe sous le sens !"


"Je vois que vous avez choisi nos protections hygiéniques biologiques issues du commerce équitable et gratuites, j'imagine que vous avez bientôt vos règles ? Voici vos coupons réduction sur le chocolat, les gâteaux, la glace et le vin. Nous pouvons vous livrer directement à votre domicile si vous préférez."


"Jeffrey, où son mes porteurs ? J'ai mes règles et je vais être en retard ! (bon ok, peut-être abusé celui-là)



Je ne pensais pas mes règles aussi politiques


Mes lectures sur le féminisme m'ont progressivement fait prendre conscience à quel point les règles, sous couvert d'être "un truc de bonne femme", était en fait éminemment politique. Il n'y a qu'à voir comment les gens s'insurgent quand une marque de protections périodiques choisi de montrer du liquide rouge au lieu de l'habituel liquide bleu dans une publicité accompagné de quelques marionnettes vulves chantantes.


Il y existe de nombreux mythes autour des menstruations. Dans différents endroits du monde, les femmes sont exclues de chez elles ou mises à l'écart dans une autre pièce de leur maison durant leurs règles, car elles sont jugées comme impures (je vous laisse imaginer être mise à la porte de chez soi par zéro degré en pleine nuit dans les montagnes, cooomplètement safe).


Se laver pendant ses règles pourrait prétendument rendre une femme stérile ou représenter un danger pour sa santé (ce doit être charmant de rester dans son jus pendant une semaine).


Et nous ne sommes pas en reste par chez nous, je me souviens très bien de ma grand-mère me racontant la légende urbaine de la femme menstruée qui ne serait pas capable de faire monter une mayonnaise (non mais... pourquoi ??). De manière générale, il y a de nombreux mythes comme quoi on ne serait pas capable de faire à bouffer en ayant nos règles. Enfin, contre rémunération j'entends.


gif

Dans des pays peu développés, des adolescentes ne peuvent pas aller à l'école durant leurs règles, à défaut d'avoir des protections adéquates qui leur permettraient de poursuivre leur journée normalement (mais bon, qu'est-ce qu'une jeune femme pourrait faire d'une éducation de toute façon ? ).


Et pour couronner le tout, pompon sur la Garonne, on nous distribue des produits menstruels jetables bourrés de composants nocifs pour la santé et l'environnement, le tout imprégné de parfum (de parfum !!) en tenant le double discours que si tu les utilises, tu es un connasse qui concoure à l'extinction de la planète, et que si tu préfères des protections réutilisables, tu es une grosse dégueulasse de hippie qui eurk, touche son sang.


Bref, si on écoute ce qui se raconte sur les règles, c'est une horrible malédiction qui frappe les femmes depuis la nuit des temps et qui les rend sales, indignes, hautement contagieuses et nulles en cuisine. Autrement dit, nous n'avons qu'à nous fourrer nos tampons à la violette là où je pense (parce qu'on ne dit pas non plus le mot vagin) et à retourner nous cacher dans le fond de notre grotte en attendant de redevenir descentes.


Et bein va te la faire tout seul, ta mayonnaise.


gif


L'écologie a changé mon rapport aux règles


Plus je me suis éduquée sur le sujet, et plus j'étais énervée. Énervée d'avoir eu honte de mon corps, énervée de la manière dont on excluait et rabaissait les femmes dans le monde, énervée qu'on me prenne pour une dinde en me refourguant des produits d'hygiène blanchis au chlore présenté avec un liquide bleu piscine...


Il se trouve qu'à cet époque, je m'intéressais de plus en plus à l'écologie, au mouvement zéro déchet et compagnie. Progressivement, je me suis renseignée sur les alternatives qu'il existait face aux tampons et aux serviettes jetables, histoire de voir ce que ça valait (sait-on jamais).


Et là... LÀ. Un nouveau monde s'est ouvert à moi.


gif

Coupe menstruelle, culotte de règle, serviettes lavables... Mais, mais... OH MY GOD ! Sans même parler d'écologie (parce que si c'était vraiment galère, veut veut pas après mes petites expériences je serais retournée aux tampons, pas maso la gonz), le confort de ces protections était in-com-pa-rable aux protections jetables. Fini la sensation de sac plastique mouillé collé au cul, ou le tampon plus sec que du papier de verre que j'essaie d'enfoncer au chausse pied dans mon vagin qui crie pitié !


C'est la fête du slip !!


Le principe étant de nettoyer ces protections pour les réutiliser, je me suis trouvé en contact beaucoup plus direct avec mon sang qu'avant. Et je sais pas, le fait de mettre les mains dans le cambouis plutôt que de les regarder de loin comme une substance radioactive qui risque de te péter au nez à tout moment... Mes règles sont remontées dans mon estime ! C'est vrai, à chaque fois que je vidais une cup pleine à ras bord ou que je pressais sous l'eau une serviette bien gorgée (amies de la poésie bonsoir), j'avais comme un sentiment de fierté, de me dire : "Ah bah là j'ai pas fait semblant, regarde tout ce qui sort ! Mouarf mouarf mouarf".


En renonçant à un rapport un peu aseptisé des règles comme si c'était quelque chose de sale, je dois dire que mes menstruations ont retrouvé leurs lettres de noblesse.


C'est juste du sang, en fait.



A chacune son rythme


Avant de m'expatrier pour Montréal, j'ai vécu deux semaines chez ma mère et son copain. Ayant mes règles, j'ai pris l'habitude de laver mes serviettes dans la salle de bain à l'étage, tranquillou. Un soir, ma mère vient me rejoindre en catimini et me demande (en chuchotant) s'il est possible que je passe moins de temps dans la salle de bain car son copain, le petit curieux, se demande ce que je peux bien bricoler toute seule là haut (c'était suspect voyez-vous, une femme laissée sans surveillance avec de l'eau courante à disposition, que peut-elle bien faire ?). Ce à quoi je me suis fait un plaisir de répondre :

"Pourquoi ne pas lui expliquer que je lave simplement mes serviettes périodiques réutilisables ?"

"Ne soit pas ridicule."

"Tu préfères que je le lui explique moi-même ? Allons maman, il a 65 ans, deux filles et deux petites filles, il est temps qu'il sache." (mouvement d'approche vers la porte)

"Allez allez, arrête tes bêtises !" (rire nerveux, voix suraiguë, blocage de sortie en mode "Over my dead body")


Bon. On n'est pas toutes rendues au même point, niveau aisance avec les règles.


Mais c'est correct. J'ai toujours été convaincue par le fait que montrer l'exemple valait mieux que de faire de grands discours moralistes (même si j'en suis parfois aussi coupable). J'espère qu'à force de me voir plus décomplexée face aux règles, ma mère finira par l'être davantage et qu'elle me rejoindra sur l'autel de la célébration du sang menstruel !


J'ai moi-même été dans cette position, alors qui suis-je pour juger ? Aidons-nous à comprendre notre corps et en quoi nous pouvons en être fière, sans culpabilisation ni remontrance. On nous en sert suffisamment au quotidien.


De même, je parle de coupe menstruelle et de serviettes lavables dans ce post car personnellement c'est ce qui a amélioré mon rapport aux règles et ce qui est le plus en accord avec mes valeurs (et mon compte en banque), mais je ne critiquerai JAMAIS une femme sur la manière dont elle choisi de vivre cette période du mois. Entre les migraines, le mal de bide, la mauvais humeur et j'en passe, c'est déjà suffisamment chiant sans qu'on vienne nous faire des discours culpabilisants à la con comme quoi les protections jetables "ça pollue et nianiania".


On fait ce qu'on peut, les gars !



Celebration time baby !


La période des règles chez moi maintenant, c'est sacré. Je prends soin de moi, je suis bienveillante et je m'autorise tout ce qui peut me faire plaisir, de la douche de 2h (pardon la planète) au chocolat à prooofusion. Rien n'est trop beau pour ce petit corps de goddess !


gif

Je pense que nous avons toutes le pouvoir de changer les mentalités autour de nous concernant la représentation des règles dans la société, et cela commence par l'acceptation et la valorisation de notre propre corps.


Je suis fière de suspendre mes serviettes propres à sécher, fière de me balader chez moi en culotte de règles (parce qu'elles sont trop cool) et de prononcer le mot "Rèèèèègles" plus souvent qu'une brebis en chaleur.


Montrons notre fierté, assumons nos syndromes prémenstruels et nos douleurs périodiques, et chaaantons les diverses manières positives et ludiques de gérer cette période sanglante de notre cycle. Parce qu'on est des warriors les filles. On se vide de notre sang, et on renaît de nos cendres TOUS LES MOIS !! What a goddess !


Si vous souhaitez vous informer davantage sur le sujet, je vous recommande le livre Sang Tabou de Camille Emmanuelle qui est d'une facilité déconcertante à lire, ainsi que quelques vidéos Youtube de Coline sur la coupe menstruelle, les serviettes lavables et les culottes de règle qui sont aussi drôles qu'instructives.



Posts récents

Voir tout