Rendez-vous en terre misogyne (euh, en France)


aventuriers dans la nature jumanji

De retour en France pour une urgence familiale. Je jette mes affaires dans une valise, tasse le surplus de fringues en sachant pertinemment que je mettrai le même t-shirt pendant deux semaines et saute dans un Uber. A peine six heures de vol plus tard (et un marathon de films dans les airs), me voici brutalement de retour à mon pays natal, cette mère patrie des droits de l'Homme, terre des intellectuels et de la bonne bouffe.


Aaaaah. Je me sentirais presque nostalgique. Il n'est pas si mal mon pays, non ? Tous ces paysages champêtres, ces boulangeries pittoresques et ces lotissements aux maisons beiges...


Mais ça, c'était avant. Avant d'allumer la télé aux infos de 13h. D'écouter les gens ouvrir la bouche et commenter l'actualité française. De les voir s'enflammer, quand j'ose exprimer une opinion différente de la leur...


Bienvenue en Fraaaance ma poule !




La misogynie, un sport national (avec le racisme et l'homophobie)



Pour un peu j'en aurais oublié les raisons qui m'avaient poussées à quitter la France. Un peu comme lorsqu'on couche avec un ex, et qu'il faut attendre de se réveiller le lendemain matin à côté de lui, la mine défaite et dégrisée de son litre de rosé pour s'apercevoir qu'on a fait une connerie.


Je trouve certaines émissions tv vulgaires, qui sous couvert d'humour, glissent des remarques sexistes à toutes les sauces. Les informations du 13h parlent plus de l'incendie de la cathédrale de Nantes que de la nouvelle formation du gouvernement à la composition douteuse. Heureusement pour nous, on découvre finalement que l'incendiaire de la cathédrale est un immigrant de couleur, ouf ! Ceci explique cela.


"La France, c'est plus ce que c'était."

Selon un proche, de toute façon, la France ce n'est plus ce que c'était, j'ai bien fait de m'en aller car ici, on ne croise plus que des arabes ou des noirs. On n'est plus chez nous quoi. On me demande si au Québec, nous aussi on est embêté par les migrants. Je réponds qu'il faudrait mieux demander à un.e québécois.e, étant moi-même une immigrée. Ah oui mais moi, ce n'est pas pareil. Moi, je suis "une bonne immigrée". En France, on n'a que les mauvais.



Quand je demande à un autre proche ce qu'il pense de la nomination de Darmanin comme ministre de l'Intérieur, et ce qu'il se passe au sujet de cette affaire de viol qui plane sur les réseaux sociaux, mon auditoire s'enflamme.


"C'est une menteuse cette bonne femme, elle veut le salir. De toute façon c'est une prostituée, alors comme aurait-il pu la violer ? Ce n'est qu'une pouffiasse, UNE POUFFIASSE !"

Ma mâchoire s'en décroche, je reste sans le son pendant deux minutes, victime d'un micro AVC. Je n'ai jamais entendu cette personne parler aussi vulgairement, sans compter les énormités qu'elle vient de sortir.


Du côté du projet de loi sur la PMA ouverte à toutes les femmes, seules ou en couple, les commentaires ne perdent pas en vigueur. "C'est la porte ouverte aux homosexuels. Et pourquoi ne se contentent-il pas d'adopter ? Et que va-t-il en être de l'équilibre des enfants ?"



Je me bourre la bouche de mie de pain pour ne pas hurler et fais couler le tout avec un verre de pinard (faudrait pas m'étrangler quand même). Mais qu'est-ce que c'est que ce pays de fou ? Je n'étais pourtant pas entourée de partisans du FN quand je suis partie... Si ?



On serais-tu pas un peu con ?



En y repensant, je pense que ce qui m'a le plus choquée, ce n'était pas tant les opinions (même si ces derniers m'ont définitivement conduite à un syndrome boulimique) mais la manière dont les gens les exprimaient. Catégoriques, en t'engueulant comme si tu venais d'enfoncer le pare choc arrière de leur BMW flambante neuve tout juste sortie de chez le concessionnaire.


On ne s'écoute pas, on s'engueule. On ne discute pas, on étouffe la parole de l'autre sous ses propres cris, comme une gamine qui enfoncerait ses doigts dans ses oreilles en criant "J'eeeenteeeens rieeeen !". Au Québec si tu n'es pas d'accord avec quelqu'un, tu hoches poliment la tête et tu changes de sujet. A quoi bon se prendre la tête et s'énerver ? De toute façon on ne tombera pas d'accord. Alors qu'en France, il faut avoir raison. Il faut dominer l'autre, et l'écraser avec sa vérité.


Je me vois moi-même, progressivement je hausse le ton, je m'emporte, la bouche à moitié pleine à postillonner sur mes interlocuteur.ices. Est-ce que je risque de contaminer mes proches avec le COVID ? Peut-être. En tout cas, la connerie française m'a eu, elle.


Parce que la connerie, c'est contagieux. On n'en parle pas assez, si vous voulez mon avis.



Etre d'accord de ne pas être d'accord




Bien sûr, face à ces propos j'ai montré mon désaccord. Faut quand même pas déconner. Mais à quoi bon rentrer dans le débat ? Nos idées sont clairement différentes, et ce n'est pas en un repas que l'un.e convaincra l'autre (j'ai fait suffisamment de gueuletons dans ma vie pour en être sûre). Pourrait-on être d'accord, sur le fait que nous ne sommes pas d'accord ? Qu'il n'y a pas une vérité vraie, mais différents points de vue sur un même sujet ? (même si au bout du compte, je sais bien que c'est moi qui ai raison...)


Comment peut-on évoluer vers une société plus inclusive, plus respectueuse des droits de chacun et chacune, si on ne se respecte même pas dans la plus simple expression de nos opinions ? Est-ce tant demander que de se parler, calmement, plutôt que de se crier dessus comme des sauvages ?


Gueuler, c'est parfois nécessaire. Mais au bout d'un moment, on n'entend plus rien.


Personnellement je pense que les gestes parlent plus que les mots. Je mise davantage sur le fait d'inspirer mon entourage par mes engagements et mon comportement, que par un long débat à table. Mais ça, c'est mon point de vue ;-)



Heureusement on bouffe bien



Ai-je envie de retourner en France ? Nope. Non non nooon. C'est ballot, parce qu'on bouffe bien en France. On a du pain, du fromage, du vin. Et puis elle est belle notre campagne, on a de beaux paysages. Peut-être bien que j'y reviendrai, un jour.


Pour l'instant je la regarde de loin, je la surveille du coin de l'oeil. Parce que ma vieille. On n'a pas le cul sorti des ronces.



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