Vivre avec un homme + être féministe = l'équation impossible ?


mad men betty draper dans la cuisine

Et bein des fois je me le demande, ma ptite dame !


Sérieusement, habiter avec un mec relève parfois du miracle quand tu tiens à ce que ta relation se passe sur un pied d'égalité. Disons que c'est un peu comme passer Noël avec sa famille, on se découvre des comportements que l'on pensait appartenir au passé... ou dans le cas présent, aux années soixante.



Le partage des tâches ménagères



Aah, ce fameux partage des tâches dont on parle tant ! En brave féministe, je me disais "Ouais, chez moi ce sera différent, tout sera partagé de manière équitable, on va s'entendre sur la répartition de qui fait quoi dès le début..."


Mouarf mouarf mouarf


Si tu savais comme tu vas en **** ma vieille ! (moi du présent à ma version du passé)


Pourtant, le gars avec qui j'avais emménagé n'était pas particulièrement macho, c'était "un bon gars" comme dirait ma mère. Mais bon sang... qu'est-ce qu'on en a eu, des disputes à cause du ménage. Je trouvais toujours que j'en faisais plus que lui, qu'il mettait trop de temps à faire ses corvées si bien que je finissais par m'en charger, ou qu'il ne les faisait pas aussi soigneusement que je l'aurais fait (#BreeVanDeKamp).


Et puis quand tu es en couple tu es amoureuse, tu as envie d'être agréable, cool, pas la nana sur le dos de son mec. Le fait que ce soit très personnel comme situation, que ça vienne me toucher dans mon intimité me déstabilisait. En fait, je me sentais démunie sur la manière de réagir. Après tout, j'avais toujours vu les femmes de mon entourage en faire largement plus que les hommes à la maison. C'était ça, qu'on m'avait appris.


Alors je me remettais en question, je me disais, "Merde, est-ce que j'en fait trop, ou est-ce lui qui n'en fait pas assez ?"


Vite rattrapé par un "Naaan mais c'est chiant de trouver des cheveux dans le lavabo quand même, il pourrait les ramasser !" (pense-t-elle en attrapant rageusement l'éponge)


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Fait que, après je boudais (parce que c'est bien connu, faire la tronche ça résout tous tes problèmes dans la vie). On finissait par se disputer (le fameux : "Ça va ? Ouais ouais. T'es sûre ? Oui. Sûre sûre ? BAH NON ÇA VA PAS !"). Après échanges matures (plus ou moins), on se mettait d'accord sur une nouvelle règle de vie. Et le mois d'après, c'était une autre tâche qui posait problème !


A la longue, j'avais souvent ce dilemme de me dire : "Est-ce que je le fais pour m'acheter la paix sociale, ou est-ce que je lui dis une énième fois pour essayer de faire bouger les choses, quitte à provoquer une nouvelle dispute ?"


Parce que pas évident d'assumer le rôle de celle qui provoque le conflit, même si les échanges qui en ressortent pouvaient être constructifs. Pas très... SEXY !


Je crois qu'une de nos disputes les plus mémorables a été quand il m'a dit, plein de bonnes volontés, que je n'avais qu'à lui demander ce que je voulais qu'il range quand je voyais quelque chose qui me déplaisait et qu'il le ferait. Mais tout le problème était là. Je ne voulais pas avoir à lui dire quoi faire, je voulais qu'il voit par lui-même ce qu'il y avait à faire, et qu'il prenne l'initiative de s'en occuper.


En fait j'avais l'impression qu'il m'intronisait responsable en cheffe de notre intérieur, et qu'il s'adoubait humble serviteur en mode je-ne-suis-pas-concerné-mais-je-veux-bien-aider. Sauf que faire la mégère en mode "Ramasse-ci, nettoie-ça", et bein... très peu pour moi.



Une cohabitation impossible ?



Bon, si j'emploie le passé c'est que vous vous en doutez, je ne vis plus avec mon copain.

Naan, je plaisante. Je l'ai étouffé dans son sommeil.

Mais non enfin !

...

Je l'ai noyé dans la baignoire. (bon ok, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures)


Non on vit toujours ensemble, et après beaucoup (beaucoup) de temps, d'échanges et d'efforts, je trouve aujourd'hui que nous avons la même charge de tâches ménagères. Je ne dis pas que de temps en temps ça ne glisse pas d'un côté ou de l'autre (j'ai aussi mes périodes de feignasse), mais franchement ça le fait.


Je pense que je m'attendais juste à ce que ce soit plus évident, naturel, parce qu'on est un couple moderne et un minimum éduqué. Que n'est ni. Le sexisme est aveugle mesdames ! Je crois que de son côté, le ménage n'était pas franchement une priorité (il n'y a qu'à voir son appartement avant qu'on emménage ensemble). Et que du mien, j'étais parfois trop exigeante (y compris envers moi-même).


Parce que c'est à ça que la société nous éduque. "Allez explorer le monde et faire des choses intéressantes les gars, pas de temps à perdre pour des choses aussi futiles que le ménage. Les filles par contre, occupez-vous bien de votre intérieur. C'est le reflet de votre personnalité et puis, vous êtes vachement douées pour ça, regardez comme vous arrivez à faire cuire des pâtes ET à vider le lave-vaisselle en même temps !"


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Mon copain est un type très sagestueux



Ce que j'aime dans la diversité, c'est que c'est toujours inspirant. Vivre avec un mec est certes parfois un poilinou challengeant, maais aussi riche d'enseignements (et de fous rire). Je pense que mon copain m'a appris beaucoup en matière de lâcher prise, que ce soit de bouffer des pâtes plusieurs fois dans la semaine parce que fuck off chui fatiguée, d'arrêter de me prendre la tête sur des détails et de voir les choses dans leur ensemble, qu'acheter au lieu de faire, c'est correct aussi...


Il se met bien moins de pression que je ne peux m'en mettre sur les épaules. Et bien qu'il ait fallu rééquilibrer à plusieurs reprises la répartition des corvées (parce que les oiseaux ne rentrent pas encore dans l'appart quand je chante), je trouve qu'il a raison. Il y a des choses sur lesquelles je me prends la tête parce qu'on m'a appris à considérer ça comme important, alors qu'en réalité ça ne l'est pas.


Avec lui, j'apprends à réagir différemment. Que ce soit de défendre mon bout de gras et de COM-MU-NI-QUER quand je ne suis pas d'accord, parce que ce que je pense et ce que je ressens est important. Ou d'être plus indulgente envers moi-même et les autres car tout ne peut pas toujours être parfait. Parce que c'est épuisant, d'être parfaite. Et surtout, c'est impossible.



Moi aussi je peux être une grosse dégueulasse



Bah ouais faut pas croire, je suis une femme de défi !


Je ne voudrais surtout pas vous laisser sur une fausse impression, comme quoi je serais une véritable fée du logis qui assainit le sol en le foulant de ses petits pieds blancs. Parce que, bah, ce serait vachement faux.


Voici donc une liste non exhaustive des petits trucs crado que mon copain doit supporter en vivant avec moi (parce que c'est aussi ça, l'égalité des sexes) :


  • Je me coupe les ongles de pied dans la baignoire et j'oublie souvent de la rincer après mon passage. Terrain miné donc, au prochain qui rentrera dedans pieds nus... (en même temps quelle idée de prendre sa douche sans ses claquettes, so bourgeois)

  • Je sème plus de cheveux dans l'appartement qu'un chat angora blanc en train de perdre son pelage d'hiver. Si le filtre de l'aspirateur est bouché, cherche pas, c'est moi.

  • Les semaines de règles, je laisse tremper mes serviettes lavables dans l'évier de la salle de bain (ce qui fait qu'on a l'impression de rentrer dans la salle d'eau d'une serial killeuse).

  • Je n'ai jamais su me brosser les dents, donc je fous de la bave dentifricée PARTOUT (et ne pensez même pas à me voir à l'action, le spectacle est affligeant).

  • Je sème des mouchoirs jetables un peu partout sur mon passage car j'oublie que j'avais commencé à en utiliser un il y a une heure (parce qu'attention madame, je ne suis peut-être pas écolo au point d'utiliser des mouchoirs en tissu, mais je mets un point d'honneur à me moucher dans les quatre coins avant de le jeter ! #femmedeprincipe).

  • Je ne sors jamais les poubelles. Je bourre le sac comme une malade.

  • Je n'ai jamais nettoyé une vitre ou passé la serpillière de ma vie. Vraiment. Sauf pour éponger de l'alcool, oeuf corse.


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Pour aller plus loin si ce sujet vous intéresse (le ménage hein, pas mes trucs de crado), voici une série d'articles sur Slate qui traite de manière approfondie de la charge mentale et du partage des tâches ménagères dans un couple.


Je vous invite également à écouter l'épisode "Des chaussettes et des hommes" du podcast les Couilles sur la Table, où Victoire Tuaillon interview Titiou Lecoq, journaliste et écrivaine qui s'est amusée dans son dernier livre "Libérées, le combat féministe se joue devant le panier à linge sale" à décortiquer son quotidien avec son mari et ses fils. Parce que le féminisme s'arrête là où la première chaussette abandonnée au sol commence !


PS : aucun petit-ami n'a été maltraité durant la rédaction de ce post.


NB : Je tiens à préciser que je parle ici de mon expérience personnelle, que chaque personne et chaque couple est unique, et que mon but est de partager une tranche de vie, pas de faire des généralités à l'emporte pièce :-)